Milan Fashion Week #5 Couleurs, Fourrures, Imprimés… La Mode Italienne n’a Peur de Rien

Après quatre jours de Fashion-Week plus ou moins convaincants, entre minimalisme mesuré et maximalisme démesuré, cette avant-dernière journée de mode milanaise était placée sous le signe de l’extravagance : le fruit du hasard voulait que défilent successivement Simonetta Ravizza, Marni, MSGM ainsi que Stella Jean, quatre griffes plus ou moins jeunes qui ont en commun un goût pour la couleur, les imprimés en tout genre, les matières extraordinaires et parfois même la fourrure.

Mais à côté de ces marques qui réinventent la mode italienne, chacune à leur manière, l’événement de cette journée n’était autre que le défilé de l’empire Dolce & Gabbana. Une véritable ode aux Millennials dont le sens de la mise en scène nous aurait presque fait oublier la collection : joyeuse et décadente, luxueuse mais accessible, fidèle à son héritage et connectée. Plus de cent looks – autant que chez Gucci ou Emporio Armani les jours précédents – qui démontrait avec force que les créateurs italiens n’ont pas dit leur dernier mot, sachant mieux que personne s’adresser à cette fameuse génération Z avec laquelle le luxe rêve de pouvoir converser tout en gardant de son prestige et de son exclusivité. À côté de cela, d’autres marques comme Trussardi, Ferragamo ou Calcaterra semblaient isolées dans un autre monde, résolument à part : celui d’une élégance discrète qui même si elle s’autorise certains écarts, ravira les adeptes du less is more.

LA COLLECTION POP de Simonetta Ravizza annonçait le ton de journée : haut en couleur ! Sa fourrure signature se décline pour l’hiver prochain dans des couleurs vives, saturées même, mélangées à du léopard, du denim, du satin, du velours ou des pantalons fluides en sequins (très Studio 54) mais aussi dans quelques pièces plus sobres comme un manteau noir brodé d’une bande de sequins aux poignets entourés de manchons de fourrure. Life’s too short to wear boring clothes, non ? Ce pull rayé en fourrure et sequins est un véritable remède anti-grisaille, tout comme les manteaux en velours colorés. L’ensemble forme une collection cohérente, dotée d’une véritable identité visuelle et composée de pièces qui ne perdront rien de leur originalité une fois en boutique ou dans la rue.

#simonettaravizza #fashionshow #MilanFashionWeek #mfw2017 #amazing #glamour #chic #luxurybrand 🌈🙌🏻

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Pour sa première collection chez Marni, Francesco Risso – le successeur de la fondatrice Consuelo Castiglioni – dévoilait une série de modèles plus ou moins fidèles à l’ADN de la marque italienne. Le premier look, un ensemble veste-jupe beige porté sur un col roulé bleu et des bottes en cuir verni gris, donnait ensuite lieu à de multiples déclinaisons autour de cette matière légèrement froissée : ensembles de dame, manteau cocon, top à col montant, robe à zip asymétrique… ; le tout dans des nuances de gris et de mastic. Pour l’hiver prochain, la silhouette bascule vers le dos, arrondie et gonflée comme un œuf. D’ailleurs, les matières sont rassurantes : fourrure ultra douce, peau lainée, maille poilue… Les codes Marni sont plus particulièrement représentés par les pièces en dentelle florale, les robes bustier et le satin imprimé de fleurs. Les robes en brocart sont portées avec des brassières dépareillées, nous rappelant que Francesco Risso a fait ses armes aux côtés de Miuccia Prada. Carreaux et imprimés psychédéliques se mélangent, au beau milieu des imprimés tigre ou floraux. Certains looks font forte impression, allant jusqu’à une certaine idée de l’extrême : prenez ce couple coupe-vent et brassière assortis, portés sur un top à col montant en liberty et une jupe à pois. Des sequins habillent les robes matelassées dans des matières plastiques. Les bijoux, des sphères transparentes de couleur portées autour du cou ou aux oreilles, s’inscrivent dans la lignée de ceux que dessinait Consuelo Castiglioni. En résumé ? Une première collection relativement timide, qui nous laisse sur notre faim. En attendant la deuxième, qui espérons-le, confirmera l’essai.

Backstage at Marni's #mfw show. #wwdfashion (📷: @kukukuba)

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En lançant sa propre ligne de maroquinerie, dont une collaboration avec la marque Salvatore Ferragamo, Sara Battaglia a prouvé qu’elle n’était pas que la « sœur de… », en l’occurrence, de la rédactrice, styliste et consultante Giovanna (Battaglia) Engelbert. Cette saison, elle dévoilait une collection de prêt-à-porter dans l’air du temps : les vestes et manteaux unis de couleur camel, en pied-de-poule ou à carreaux ont la taille marquée et les épaules structurées par des coupes soit carrées, soit arrondies par des effets capes ; le denim est boutonné de haut en bas sur un pantalon, et s’orne de manches volantées sur un top. Les volumes sont larges, des capes trompe-l’œil aux jupes amples en passant par un pantalon en denim à taille corset. Ça et là, des touches de léopard, de rouge, de velours, ou de cuir fantaisie proposent une vision intemporelle et pragmatique, si ce n’est réellement nouvelle, de la féminité. Avec ou sans l’aide de sa sœur, Sara Battaglia n’aura certainement pas de mal à convaincre les rédactrices milanaises du bien-fondé de sa proposition.

Si Trussardi n’a jamais eu la vocation de s’affirmer comme une marque de mode, à l’affût des dernières tendances ou en mesure de les lancer, la marque au lévrier s’est appliquée pour l’hiver prochain à suivre certains des courants majeurs de la saison. Parmi des pièces plus classiques, déclinées dans sa palette de beige, gris, marine et marron, nous saluerons donc un ensemble en cuir cognac, un costume en velours cuivre et quelques touches de lamé ainsi que ces pantalons courts, qui sont décidément partout.

Albino Teodoro aussi porte son attention au tailoring avec un focus sur les manteaux et les vestes, déclinés dans des couleurs neutres (blanc, beige ou noir) mais aussi sur un costume à larges rayures banquier ceinturé par un noeud à rayures plus fines. La fourrure, le brocart et le plumetis complètent ce vestiaire d’hiver. Sur certains modèles, la taille est ceinturée pour mieux souligner des hanches en volume. Comme une alternative décalée aux pantalons fluides, les bermudas ajoutent une touche de modernité.

#backstage #selfie #albinoteodoro #mfw

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Dans un contexte de tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Russie, la dernière collection de Stella Jean, inspirée par la période de la Guerre Froide, prenait une connotation particulièrement politique. Si certains looks frôlent le déguisement, accumulant foulard sur la tête, robe ou blouse brodée, patchwork d’imprimés et chaussettes dans les sandales, la créatrice propose aussi une série de pièces brodées de médailles militaires qui une fois hors-contexte seront prêts à être portés au quotidien : ainsi, un long cardigan vert, une veste en cuir kaki, un manteau de fourrure ou un combishort noir s’annoncent comme de futurs succès, au même titre qu’une blouse rayée en shirting. Des paysages sous la neige imprimés sur les robes et quelques pièces en jacquard modernisé sortent également du lot. Mais le coup de grâce est sans aucun doute ce pull rouge brodé d’une étoile où la faucille et le marteau, emblèmes communistes, sont remplacés par une aiguille et des ciseaux. L’uniforme idéal d’une révolution par la mode, qui plus que jamais cette saison, réaffirme son soft power.

« We’ve had an attraction to this from the very beginning – our first show in the mid-1980s was on real people. The message is: you need to accept yourself as you are. That’s it! » La dernière collection de Dolce & Gabbana était une ode à la famille, aux Milennials, et à la marque elle-même. Plus encore que dans leurs précédentes collections, Domenico Dolce et Stefano Gabbana célébraient l’individualité – et par la même occasion la diversité – dans un show spectaculaire où défilaient quelques unes des idoles de la génération Z, clé d’un retentissement mondial grâce aux réseaux sociaux, mais aussi des hommes, des enfants, et bien évidemment des femmes, de tous les âges, de toutes les tailles, de toutes les morphologies et de toutes les couleurs. Un véritable qui se révélait joyeux, généreux, quelque peu excessif, mais surtout, extrêmement bien marketé. Et les vêtements dans tout cela ?

La collection s’ouvrait sur des imprimés animaliers – à savoir les chats de la saison dernière – et sur des vestes à capuche façon peluche en forme de léopard, d’ours blanc ou noir, portées avec un sac et des claquettes assorties. Très vite, la collection montait en glam sans perdre son côté fun. D’où cette omniprésence des cristaux, bien sûr, mais aussi des sequins, des broderies bijoux comme des broches en diamants, notamment sur une mini robe portée par la jeune Thylane Blondeau. Les vestes à sequins aux boutons bijoux souvent dépareillés sont spectaculaires.

Le denim est richement brodé, pour des millenials avides de luxe qui ne renieraient pour rien au monde leurs fondamentaux : doudounes, teddys ou vestes militaires, parfois asymétriques et toujours embellis à outrance. Un manteau rouge à capuche ou un blouson bulle transparent, tous deux en PVC, apportent de la nouveauté. Les costumes sont des trois-pièces, en velours émeraude ou jaune ou en patchwork de jacquards colorés. Sans transition, les modèles passent des manteaux brodés d’œufs colorés à des imprimés spatiaux décidément tendance. Les logos font leur grand retour, non sans une pointe d’humour et de dérision. Ils sont associés à des mots tels que « Princess », « Amore », qui apparaissent sur les t-shirts griffés et les diadèmes. Les sacs sont de nouveau griffonnés de dessins d’enfants, et plus que dans n’importe quelle collection, les minaudières sont ouvragées comme des objets d’art. Ailleurs, cette blouse blanche aux manches en volume aurait été la pièce forte du défilé. Ici, elle nous paraît presque basique (entendons-nous) au milieu de tout ce faste. Les deux créateurs en ont aussi profité pour revisiter leurs codes : le rouge, bien sûr, comme sur un large manteau de fourrure ; mais aussi leurs robes ultra féminines en dentelle noire, comme des déshabillés, associées à des brassières et de la lingerie noire ; des imprimés floraux de style Renaissance rebrodés en relief ; des motifs léopard… Le tout se porte avec des baskets et des accessoires siglés D&G QUEEN, des rangées de hashtags (#DGmillenials, #DGSicilyismylove, #DGQUEEN, #DG4ever…) et des étiquettes apparentes qui illustrent la déconstruction propre à certaines des pièces (une veste officier ou des manteaux en coupures de tissu, entre autres). Et ces t-shirts à l’effigie de Justin Bieber ? Après le sweat justin 4 ever de Vetements l’an dernier, ils seront forcément collector. #musthave.

Welcome to Twin Peaks. Chez MSGM, Massimo Giorgetti s’inspirait de la série culte des années 90, d’où ce catwalk imprimé de zigzags noirs et blancs sur lesquels défilaient les mannequins. Le créateur semblait d’ailleurs bien plus inspiré que pour la collection qu’il a lui-même dessinée chez Emilio Pucci cette saison. À commencer par ces imprimés floraux saturés de couleurs mais aussi des motifs graphiques (damiers, zigzags, étoiles) ou des oiseaux que l’on retrouve brodés en sequins sur des modèles à fleurs ou en cristaux sur une jupe matelassée. La collection est pleine de clins d’œil sur plus ou moins évidents à l’univers Twin Peaks, comme ces robes en satin et ces pulls imprimés de paysages faits d’ombres et de couleurs vives, comme celui du célèbre panneau placé à l’entrée de la ville. Dans un style plus casual, Massimo Giorgetti propose aussi des teddys oversized dans des couleurs vives ou un blouson en cuir à col de fourrure néon porté sur un jogging. De même, les pièces à logos MSGM ont un côté sport et surtout très nineties : sweat, hoodie, ensemble en molleton, banane en cuir… mais également du denim dont les bords semblent avoir été déchirés. Les manteaux de fourrure sont modernisés par des flashes de couleur et le tailoring n’a rien de banal comme le prouvent les rayures banquier brodées de pierreries et les costumes colorés (vert néon, bleu électrique ou rouge vif). La dentelle, noire ou blanche, se décline sur des pièces néo-romantiques, à savoir des blouses et des jupes amples. D’ailleurs, des jupes longueur midi se retrouvent portées avec des blazers. Les robes à volants monochromes sont presque de trop, et les foulards colorés portés sur la tête ne font qu’ajouter de la couleur à des looks déjà saturés. Plus de vingt-cinq ans après la deuxième saison, la série réalisée par David Lynch fera son grand retour fin mai 2017. Un timing presque parfait pour MSGM dont la collection fera les beaux jours de la rentrée prochaine.

Chez Salvatore Ferragamo, le défilé s’ouvrait sur une silhouette gris clair : un blazer en cuir surpiqué porté sur une jupe fendue. Ce modèle de veste faisait ensuite plusieurs apparitions tout au long de la collection. Parmi les thèmes explorés ici, les imprimés animaliers ton sur ton sont récurrents, tout comme les gants longs. La robe en maille se porte près du corps tandis que la fourrure est travaillée de manière futuriste, protectrice comme sur les cols oversized des manteaux ou des vestes. Dans le même registre, la doudoune est là-aussi revisitée pour l’hiver. Les cols roulés sont partout, portés sur des jupes ou des pantalons slim. Certes, tout n’est pas réussi dans cette collection, mais certaines pièces intemporelles sont à regarder de près comme une robe en cuir aux manches en maille aubergine, des manteaux marine ou orange à cols de fourrure, une robe-manteau bleu glacier, un gilet en velours noir et un long blazer sans manches.

Shades of blue via Salvatore Ferragamo. #mfw #wwdfashion (📷: @delphineachard)

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Avec une collection inspirée des fables, Au Jour Le Jour enrichissait son univers décalé d’imprimés léopard, broderies de crochet, cuir fantaisie et touches de rose vif. Des patches au nom de la marque sont brodés sur un pantalon en velours côtelé et une chemise en denim ou en satin. Les minirobes en dentelle, tulle et plumetis sont elles brodées de motifs animaliers. Des étoles en plumes colorées ou en fourrure complètent cette collection particulièrement espiègle. Jusque dans le moindre détail, les boutons des pièces en maille sont ornés de cristaux. Les clientes de la marque craqueront certainement pour ce pantalon de pyjama rayé et pour des imprimés fleuris sur un ensemble façon pyjama ou une robe à l’effet papier peint.

Chez Arthur Arbesser, aux matières métalliques ou plastiques s’ajoutaient des imprimés damier vus à de nombreuses reprises depuis le début de la saison. Des fines rayures graphiques habillent des ensembles dépareillés au milieu d’imprimés géométriques de toutes les couleurs. Sur certaines pièces, les sequins dessinent de fines rayures, sublimant des basiques du quotidien. Les pièces phares ? Une chemise à manches courtes ou une petite robe noire fendues, un manteau orange vitaminé ou un costume tangerine ceinturé. Et comment ne pas parler de ces chaussures ? D’improbables semelles à plateformes accrochées à des sortes de gants de pieds. Une idée folle (très) loin d’être de bon goût.

Chez Calcaterra, les silhouettes essentiellement monochromes se déclinent dans des nuances de bordeaux, marine, écru et gris clair. À vrai dire, les plumes sont la seule excentricité de cette collection dans laquelle les pièces les plus intéressantes sont aussi les plus épurées. C’est pourquoi, aux jeux d’asymétrie et de volants, nous préférerons ces magnifiques ensembles fluides – manteaux et pantalons – et cette maille monochrome, chic et moderne.

Photo de couverture : (Défilé Dolce & Gabbana) Courtesy of Vogue Runway

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