Milan Fashion Week #4 Minimalisme Moderne, Esprit Rétro et Féminisme Pop Complètent Une Saison Résolument Eclectique

Si nous pouvons déjà affirmer que l’hiver prochain sera placé sous le signe du tailoring, certains créateurs ont aujourd’hui hui choisi de l’inscrire dans une optique plus rétro. C’est le cas de Bottega Veneta et d’Antonio Marras qui de façon plus ou moins littérale s’inspirent des années 40, pendant que Philosophy se tourne vers les fifties et l’éternelle Elizabeth Taylor. S’inspirant des bonnets roses à oreilles de chats de la Women’s March américaine, le défilé Missoni reste l’événement marquant de cette journée, prônant un maximalisme joyeux et engagé. A l’inverse, d’autres créateurs ont choisi d’exprimer une certaine vision de l’empowerment à travers un minimalisme résolument moderne : c’est notamment le cas d’Agnona, de Gabriele Colangelo, et enfin de Jil Sander, dont la collection résume tout ce dont nous aurons envie l’hiver prochain.

SOUS L’IMPULSION DE TOMAS MAIER, Bottega Veneta ouvrait cette quatrième journée de Fashion Week milanaise avec une collection sous influence années 40 où les robes ont la taille marquée et les épaules sont larges, comme ce modèle noir à col montant porté sur un collant plumetis. Les petites robes noires et les manteaux ont les épaules froncées, tandis que sur les vestes des tailleurs, les épaules sont carrées et la taille est marquée. Les vestes sont portées sur des jupes crayon, parfois fendues – notamment sur un ensemble jaune d’or -, parfois non, comme sur des ensembles en cuir beige. Le smoking se transforme en un parfait jumpsuit noir ou en un sublime et strict manteau à double-boutonnage porté par la magnifique Blanca Padilla. Les jupes sont structurées ou à double-boutonnage et les pulls ont les épaules arrondies, tout en volume. Aux côtés des carreaux, une série de pièces en maille, manteaux et vestes graphiques sont déclinés dans des couleurs automnales. Un manteau en fourrure façon peluche donne du poids à cette tendance émergente, observée chez plusieurs créateurs depuis le début de la semaine.

Le défilé se clôt sur des robes années 40 qui s’arrêtent au-delà du genou, à la taille ceinturée, aux épaules accentuées par des plis savamment placés et déclinées dans des nuances pastel qui, à la manière d’un film de l’entre-deux guerres, auraient vieilli avec le temps. Brodées de cristaux ou de clous, elles sont modernes et intemporelles. À l’image de cette cape noire aux épaules carrées – portée sur une longue robe du soir plissée – les longs fourreaux dorés dans des matières fluides rappellent l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Que ce soient les gants longs, les sacs de dame ou les lunettes miroir, les accessoires renforcent le côté cinématographique de cette collection.

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Chez Antonio Marras, les imprimés sont comme une évidence. C’est pourquoi les carreaux, les fleurs et le léopard associés sur un seul et même look n’ont presque rien d’étonnant parmi les patchworks d’imprimés, notamment floraux, la signature du créateur. Velours et tulle, volants brodés de sequins, vestes richement brodées… Cette collection tombe à point nommé pour une saison marquée par l’opulence et le maximalisme. Traduction d’un esprit masculin-féminin, les matières transparentes sont associées à des lainages plus épais à carreaux. Les tailleurs près du corps ont la taille marquée et les épaules élargies grâce à des volants. Dans un autre registre, la collection propose notamment une robe à pois très années 40 et quelques touches de dentelle et de fourrure. Plus d’actualité, la maille rayée colorée et les robes drapées en velours – dont l’une, jaune, est portée avec des plateformes bordeaux – élargissent le vocabulaire d’Antonio Marras. Une robe en mousseline et velours noir brodée sur le col, et soudain, Pina Bausch renaît sur le podium. Quoi de plus logique, donc que ce défilé se termine en dansant ?

Antonio Marras Fall 2017 finale, a tribute to #PinaBausch watch the show on antoniomarras.com #AntonioMarras #MARRAS

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Fidèle à l’ADN qu’elle a constitué depuis 40 ans pour sa marque Blumarine, Anna Molinari lui rendait un hommage coloré, n’oubliant de citer aucun des codes qui ont fait son succès. Ainsi, les sequins sont plus que jamais présents sur des robes entièrement brodées ou un top à col montant, la fourrure s’invite sur les sacs, le col des robes ou des manteaux, sur une micro cape ou un manteau brodé de fleurs en perles, sur un long manteau gris assorti à un pantalon en satin, sur les branches des lunettes rondes… Évidemment, ces pièces se déclinent autour d’une joyeuse palette de couleurs vives, notamment le jaune, même si le rouge est à l’origine des plus belles pièces. Les imprimés floraux iconiques sont mélangés à de la dentelle, elle aussi chère à Blumarine. Le final ? Des pulls colorés brodés de logos Blumarine en cristaux, associés à des jeans dont les parties déchirées ont également été rebrodées.

Chez Missoni, chaque invité s’est vu offrir l’un de ces bonnets roses tricotés de zigzags inspirés du motif iconique de la marque, clin d’œil féministe et engagé à la Women’s March. Les mannequins les portaient également à la fin du défilé. Après plusieurs semaines de défilés marquées par les prises de position communes sur des sujets aussi vastes que l’immigration, le féminisme, le genre ou la diversité, Angela Missoni invitait l’industrie de la mode à s’unir et à ne pas se laisser faire, ou du moins ne pas se laisser impressionner lors d’un discours post-défilé qui a touché l’audience par sa sincérité.

Sur le podium, les carreaux colorés font une alternative réjouissante à la maille graphique, signature de la marque. Elle est omniprésente, à motifs géométriques ou tricotée selon un thème argyle, allégée par un effet dentelle, texturée, ou brodée de fil lurex. Angela Missoni propose aussi de la fourrure imprimée arty qui donne naissance aux pièces les plus réussies de la collection : les manteaux, et plus particulièrement les épais gilets rayés sont remarquables. De même, les costumes en maille ou en tweed apportent un peu de nouveauté dans le répertoire Missoni. À cela s’ajoutent des mélanges de couleurs audacieux comme le turquoise et le violet. Les pièces phares ? Trois pulls blancs portés larges et brodés, au centre, de trois motifs colorés : un triangle rose en hommage à celui de l’association Act Up, le symbole de la femme, et enfin deux cœurs disposés de façon espiègle sur la poitrine. Comme la mode est belle lorsqu’elle est engagée !

@missoni #backstage by @tassopictures #mfw

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Le premier look d’Ermanno Scervino – costume-pantalon large à double-boutonnage et à la taille marquée – annonçait une collection focalisée sur le tailoring. En effet, les longs manteaux en laine unis ou imprimés – de rayures banquier, de carreaux prince de Galles… – occupaient une large part de la collection au même titre que les costumes à double-boutonnage : un modèle large en velours côtelé écru est porté sous un manteau assorti à col de fourrure. Notons que la version bleu ciel est tout aussi intéressante et bien plus audacieuse. Mais très vite, les robes féminines du créateur italien faisaient leur apparition : une longue robe rouge en dentelle ceinturée d’une bande bicolore, un modèle plus court et ample en dentelle marine, d’autres extrêmement légères en dentelle blanche… Dans un style plus militaire, une parka kaki ou un très beau manteau bleu sont ornés de touches de fourrure colorée sur les manches. Enfin, tout en décontraction, un luxueux manteau gris en astrakan se porte sur un ensemble rouge d’inspiration sport.

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Chez Jil Sander, Rodolfo Paglialunga continuait de revisiter l’héritage minimaliste de la créatrice allemande à travers une collection – sa dernière ? – composée d’une multitude de vestes et manteaux larges, à simple ou double-boutonnage. L’esprit est délibérément 80s lorsque ces épaules sont carrées (un lourd costume en cuir porté sur un top à col montant), et plus contemporain quand elles s’arrondissent. À l’inverse, les ensembles en maille drapée se portent près du corps. Les jupes s’arrêtent en-dessous du genou et les cols montants sont la norme. Les couleurs sont particulièrement présentes : marron, rouge foncé, jaune, bleu, écru, blanc et noir bien sûr… Connotées streetwear couture, les propositions autour de la doudoune sont particulièrement intéressantes : la voici travaillée dans des matières inattendues (laine, satin) et dans des formes oversized, signe ultime qu’elle sera de nouveau tendance l’hiver prochain. D’ailleurs, ces modèles-là sont parmi les plus désirables de la saison. Moins modernes, certaines pièces matelassées rappellent les premiers modèles de la collection printemps-été de Maria Grazia Chiuri chez Dior, inspirés des tenues d’escrime. Dans un registre moins minimaliste, le créateur s’essaie aussi à des robes en lurex et imprimées de flashes de couleur représentant des motifs animaliers tout en abstraction. À porter sous ce manteau de fourrure ceinturé façon peluche pour un effet maximal.

Loving all things red this season including this comforter-esque coat from @jilsanderpr by Rodolfo Paglialunga #MFW

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Décliné dans les plus belles matières, le protectionnisme d’Agnona donne vie à des capes et autres pièces en maille enveloppantes dans lesquelles nous passerions bien tout l’hiver. Les manteaux à revers contrastés sont fluides, la fourrure est maximaliste, épaisse, et proposée dans des couleurs riches et précieuses. De saison, les longs manteaux à carreaux, les ensembles en pied-de-poule coloré ou en tweed ourlé de cuir dessinent une allure du quotidien chic et intemporelle, tout comme cet ensemble en denim surpiqué de rouge qui ouvrait le défilé.

AGNONA FW17 Fashion Show #Agnona #AgnonaFW17 #FW17 #MFW #mmd

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Au cœur d’une collection pertinente placée sous le signe de la déconstruction, Gabriele Colangelo n’hésitait pas à mélanger des rayures banquier et des carreaux, pour un résultat très convaincant. Les carreaux de toutes les tailles occuperont une place importante dans les tendances de la saison prochaine et c’est avec plaisir que nous retrouverons ces pièces imprimées. Si son travail autour de l’asymétrie se révèle moins envisageable au quotidien, les robes et les ensembles à carreaux déconstruits ont une désirabilité immédiate. Les blouses à col rond à volants portées sur des pantalons ou des jupes amples taille haute sont tout aussi réalistes et donnent envie d’être portées dès l’été. À l’inverse, les pièces découpées se révèlent moins flatteuses pour la silhouette. Sur les vestes et les manteaux oversized aux manches expressément trop longues, les revers et les cols XXL contrastés donnent du volume. Envisageables pour la plupart au bureau, ces modèles font en effet appel à une palette neutre composée de gris, bleu ciel, blanc, kaki ou marine. Quant à cette veste en fourrure à carreaux portée sur un pantalon marine, elle est déjà certainement sur toutes les wish lists.

Gabriele Colangelo @gabriele.colangelo #mfw #fw17

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Chez Aquilano.Rimondi, il était (encore) question de tailoring : le noir, le blanc et le gris sont au service de coupes relativement classiques, même si parfois, les pièces de tailleur déstructurées ont un côté plus contemporain. Là-aussi, les carreaux s’imposent sur les manteaux et les vestes courtes, donnant un côté masculin-féminin à la collection. D’inspiration sport, les pulls cropped arrondis en lurex et les leggings apportent une touche de décontraction. Nettement plus risquée, la cotte de mailles restera sur le podium. Malgré une certaine impression de déjà-vu, Tommaso Aquilano et Roberto Rimondi arrivent à nous garder attentifs grâce à ces notes de couleurs vives façon color block : bleu primaire, fuchsia, violet, brique, bordeaux… Surtout, un manteau surdimensionné à carreaux entièrement brodé de sequins transparents nous rappelle cette tendance – que l’on aurait presque oubliée – à recouvrir de plastique les pièces de costume.

Chez Philosophy di Lorenzo Serafini, c’est à travers un pull brodé « Liz » que nous devinons qui est la muse de cette nouvelle collection. Elizabeth Taylor, donc, une inspiration – admettons – quasi évidente dans les décolletés qu’elle affectionnait tant et dans les jupes amples d’inspiration fifties ; beaucoup moins dans les blousons en cuir, les touches de carreaux sur un pantalon ou une mini-mini jupe assortie à une veste courte, et le cuir glacé qui ponctue plus ou moins judicieusement la collection. Il en va de même pour les robes-bustiers ornées de tutus ou les jupes plissées. Alors que les plumetis et les cristaux brodés dévoilent la peau sous des matières entièrement transparentes, les corsets et les mini robes blanches volantées rappellent la robe portée par la légendaire actrice dans La Chatte sur un toit brûlant.

@philosophyofficial #backstage by @tassopictures #mfw

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Photo de couverture: (Défilé Missoni) Courtesy of Refinery 29

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