Milan Fashion Week #3 Patchwork d’Influences Entre Maille Et Cuir, Inspiration Nineties et Art du Tailoring

De cette journée de fashion week, nous retiendrons l’omniprésence des années 90, la décennie qui fascine la mode depuis plusieurs saisons déjà. De Versace à Sportmax, un certain goût pour la déconstruction, l’esprit streetwear et les logos se traduit par une palette très largement composée de noir et de blanc, ponctuée par quelques touches d’orange ou de bleu Klein. Les costumes sont également revisités pour l’hiver prochain, que ce soit dans des versions cropped ou déconstruites, chez Neil Barrett ou chez Versace. Du come-back de Krizia à l’excellence de Tod’s, en passant par la créativité d’Etro, retour en images sur ce troisième jour de fashion week milanaise.

CHEZ DIESEL BLACK GOLD, la maille était étonnamment présente tout au long de la collection, parfois même portée en total look telle une seconde peau, comme sous ce long gilet en peau porté avec une robe en maille côtelée beige ou sous ce top en denim indigo, associé à de longues mitaines en maille. L’hiver prochain, la silhouette s’allonge et se fluidifie sous l’effet de ces matières bien plus douces et bien moins rock que celles que la marque a pu connaître par le passé. Les pantalons et les vestes en velours donnent un côté masculin aux looks, contrebalancé par les longues jupes fendues qui créent une démarche nonchalante. Le denim est mélangé à des rayures banquier ou de la maille, comme cette robe boutonnée très largement ouverte sur un sous-pull marine, réchauffée par des mitaines et une longue écharpe assorties. Le cuir aussi se porte sur de la maille et des pantalons larges associés à des baskets : il est fort probable que certaines clientes de la marque ne s’encombreront pas de ces pièces – qui composent pourtant une véritable dégaine – pour mieux se concentrer sur une mini-robe ou un manteau-perfecto en cuir, ultra rock.

Les patchworks d’imprimés apportent un côté bohème à des pièces plus légères. Les longues jupes fendues créent une démarche nonchalante. Une veste en laine à carreaux est portée sur une jupe à sequins ; un modèle de longue jupe boutonnée en velours se porte sous une chemise rayée et un pull torsadé ; et un manteau marine est superbement mis en valeur par un pull et un pantalon fluide blancs. Autre highlight, cette jupe fendue en mouton retourné inspirée des fameuses vestes en peau lainée, indispensables l’hiver prochain et vues chez de nombreux créateurs depuis le début de la saison.

Dès le premier look, Neil Barrett annonce le ton de la saison : résolument masculin-féminin. Un pantalon de costume taille basse est associé à un blazer transformé en manteau. Cette pièce particulièrement intéressante se décline aussi en cuir, sur un manteau à l’esprit goth. Au fur-et-à-mesure des passages, les vestes en laine ou en cuir prennent de la carrure. La collection fait la part belle aux costumes dont les manches de vestes sont coupées de temps à autre, donnant ainsi une allure nonchalante à ces pièces. D’autres looks comme ce long caban ou cette combi-pantalon en flanelle grise sont tout aussi réussis. Ponctuée de touches de maille ou de cuir jaune, la collection offre aussi quelques pièces en velours, forcément tendance.

Sola in Neil Barrett Autumn Winter 2017 Womenswear Looks / @sola5532 #autumnwinter17 #womenswear #mfw

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Chez Emporio Armani aussi, le velours était présent parmi la centaine de looks ayant défilé ce jour-là, notamment sur des costumes en velours noir. Cependant, il est loin d’être l’élément central de cette collection, se rangeant plutôt parmi les pièces chic et intemporelles, au même titre que les pantalons fluides par exemple. Ancré dans l’ADN de la marque, le noir et blanc se décline sur des chevrons graphiques, mais aussi sur des carreaux qui jouent avec la transparence, plus ou moins élégamment d’ailleurs – les manteaux rebrodés l’emportent notamment face aux pièces en vichy. Lorsque la couleur s’invite sur les looks, le résultat est tout aussi inégal, notamment parmi ces motifs floraux quelque peu arty ou ces imprimés comme des illustrations de mode. Des touches de rouge, de rose vif, et de bleu Klein ponctuent la collection, électrisantes sur des pièces en maille texturée. Ailleurs, la fourrure est modernisée, mélangée à du PVC.

Que retenir de tout cela ? Un blazer et une jupe fendue à pois noirs et blancs, qui après avoir ouvert le défilé prenaient des couleurs, illuminant des imprimés comme les lumières d’une ville dans la nuit, ou des sequins miroitant sur les vestes et les manteaux. Deux robes frangées de perles – l’une noire, l’autre rose – rappellent les modèles Haute Couture d’Armani Privé. La pièce maîtresse de la collection ? Un blazer en PVC dont le revers et les poches sont en satin. Côté beauté enfin, je m’autoriserai à dire que ce défilé signe le grand retour de la frange : moderne, rock, intemporelle… Quoi de plus réjouissant ?

Opposites that mix and express individuality. #EmporioArmani #FW17 #MFW #ArmaniLive @ssandeparis

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Invité par Giorgio Armani l’an dernier à présenter sa collection lors de la Fashion Week milanaise, l’italien Lucio Vanotti a doublé la mise cette saison, en présentant une collection calibrée aux accents minimalistes. Rien d’étonnant à ce que Monsieur Armani l’ait choisi. En effet, ses variations autour du costume sont tout à fait intéressantes, tout comme ses détournements de l’éternelle chemise : froissée, rayée, à col montant ou à col rond boutonnée jusqu’en haut… Les matières à l’aspect quelque peu brut ou froissé donnent un style chic sans effort. Il en va de même pour les ensembles en maille et soie drapés sur les épaules dans des jeux d’asymétrie. Dans une impression d’urgence et de désinvolture, les mannequins portent des sacs en maille comme des baluchons. La palette est neutre, même si ce long blazer rose pastel à double-boutonnage apporte ce qu’il faut de couleur à la collection. Les ensembles à carreaux sont portés sous des sous-pulls transparents ; les rayures banquier, elles, sont mixées entre elles ou associées à des sweats en molleton gris. Sur du satin, elles donnent un air décontracté à un ensemble façon pyjama, porté avec un long manteau noir. Minimaliste mais toujours très efficace.

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À en croire la dernière collection Sportmax, l’hiver sera pluvieux. En effet, chez la petite sœur de Max Mara, les combis et pantalons zippés d’aviateurs se glissaient parmi les parkas et les vestes coupe-vent en matières techniques. Moins adaptés aux intempéries mais tout aussi forts en style, les blousons en laine sont portés sur des jupes au-dessus du genou. Au même titre que ces pièces d’extérieur, la peau lainée, les leggings noirs et les pulls en maille côtelée aux manches gonflées – parfois même matelassées – suggèrent une envie délibérée de confort tout comme les manteaux et les tops aux épaules légèrement arrondies.

The pureness of black and white #Sportmax #essentialbeauty #milanofashionweek #hungry #nolunch #realeditorslife #cosmopolitan

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Les cols des pulls sont sagement déstructurés, et certaines pièces jouent même sur l’asymétrie. Traduction de l’esprit sportswear de la marque, les mots « RUN RUN RUN RUN… RUN » sont écrits à l’infini sur la maille dans un style très années 90, accentué par ces sweat-shirts à logos et cette palette majoritairement composée de noir et blanc, parsemée de quelques touches de bleu marine et d’orange vif. Sur certaines pièces, la taille est marquée par un jeu d’anneaux en métal retenus par une sorte de mousqueton argent. Portées sur des leggings, les robes sont fluides, mais leur taille est soulignée par de la maille côtelée ou des zips. Le tout forme une collection cohérente, moderne et prête pour supporter le jet-lag, portée derrière des lunettes aux verres dégradés.

Pour son retour sur le devant de la scène sous l’impulsion de Zhu Chongyun, Krizia proposait une collection fidèle à l’esprit de la marque, modernisé grâce à un certain goût pour l’épure. Par exemple, les imprimés animaliers prennent la forme de broderies sur le côté d’un manteau sans manches immaculé ou d’une jupe coupée en biais. Une veste blanche légèrement oversized est portée sur un pull à col roulé blanc et une jupe fendue en satin. Manteaux intemporels et vestes minimales, pantalons fluides et pièces en maille ou en satin sont tous parfaitement coupés. Les plis des robes monochromes leur donnent de la structure alors que les plissés créent du mouvement. Du bleu pétrole, du rouge vif et du bleu Klein insufflent un style arty à cette collection plutôt neutre sur le plan de la couleur. Minimaliste ? Certainement, à quelques détails près : les imprimés chats rappellent ceux de l’hiver dernier, vus notamment chez Dolce & Gabbana, Stella McCartney ou Karl Lagerfeld pour Chanel ; les pulls XXL sont brodés de motifs animaliers colorés et les pièces à carreaux rappellent là-encore le travail de Demna Gvasalia chez Balenciaga. Ces dernières prouvent d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire de s’inspirer de ce que font les autres pour être moderne car c’est lorsque Zhu Chongyun reste fidèle à sa propre esthétique qu’elle est la plus pertinente.

The eye of the tiger #Krizia #milanofashionweek #mfw #nextwinter #saturday #weekend #working #realeditorslife

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Etro a toujours été une marque à part sur le marché : ses imprimés ne ressemblent à aucun autre et ses collections se suivent, dans une harmonieuse continuité qui n’est pourtant pas synonyme d’ennui. En effet, chaque saison, Veronica Etro se plaît à réinterpréter les codes de la griffe, enrichissant son répertoire de références culturelles ou artistiques parfaitement maîtrisées. Pour l’hiver prochain, l’allure est résolument bohème, faite de longues robes imprimées cachemire, dont certaines sont ornées d’une mini cape intégrée. À cela s’ajoutent d’incroyables vestes en peau lainée : des blousons courts et colorés aux modèles plus longs en patchworks de cuirs et de tissus, elles sont joyeusement surchargées. Parmi les imprimés, nous retrouvons du léopard, des motifs cachemire – la signature d’Etro -, des carreaux de toutes les couleurs, mais aussi du brocart de soie d’inspiration asiatique. La ligne se raccourcit également avec ces mini robes entièrement rebrodées. Surprenante de simplicité dans cette collection saturée de couleurs et de motifs, une veste en velours fait forte impression.

Avec sa nouvelle collection, pésentée autour d’une installation sous forme de performance de l’artiste Thomas De Falco (avec la magnifique Naomi Campbell parmi les modèles), Tod’s étend de nouveau son savoir-faire du cuir à de superbes pièces de prêt-à-porter : des vestes matelassées, des pantalons, des slims, mais aussi des blousons et des parkas déclinés dans une palette de noir, de marron et de blanc, agrémentée de nuances de rouge ou de kaki. Le cuir est au centre de tout : perforé au laser sur les pièces les plus ouvragées, il est sublimé sur un manteau de cuir zippé vert olive ainsi que sur ces pièces plus minimalistes beiges ou rouge vif. Les trenches longs en gabardine à cols, bavolets, revers et pattes de serrage en cuir sont absolument parfaits.

Thomas De Falco Wrapping x Tods with @iamnaomicampbell / Digital Content for @tods @tdf___________________ #tdf#tods

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Les motifs étoilés sur de la maille n’apportent rien de particulièrement nouveau. À l’inverse, les bottines de style rangers surélevées par une semelle de gomme sont rock et modernes. Anecdotiques mais bien présentes, quelques touches de velours sont rapidement éclipsées par deux modèles de perfectos en cuir ou en crocodile tout simplement parfaits. Le signe ultime que Tod’s ne reste pas ancré dans ses traditions ? Une doudoune à l’esprit sport et sophistiqué qu’adoreront forcément les it girls.

Backstage @tods with these lovely ladies! Thank you for the great show #TodsQuality 💋

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Dans l’univers de Marco de Vincenzo, le mot « trop » n’a pas d’équivalent, si ce n’est les vêtements qui parlent d’eux-mêmes : pour l’hiver prochain, la fourrure à motifs féeriques et les imprimés floraux sont volontairement excessifs. Ici et là, un escargot se balade sur les robes, les collants où les chemisiers saturés de motifs végétaux. Rayures, carreaux, léopard… De quoi la femme Marco de Vincenzo peut-elle bien avoir peur ? Sûrement pas d’être remarquée, si l’on observe le temps d’un instant ces pulls en lurex, cette dentelle métallisée et ces bottines pailletées qui complètent une garde-robe littéralement hors-normes. Parmi les pièces les plus réussies, citons un bomber en fourrure rose ou des modèles en léopard dont les tâches ont soigneusement été brodées, créant ainsi un motif tout en relief. Les accessoires sont finalement plus sensés que tout le reste : les bottes et bottines en plastique façon écaille sont amusantes, mais pas autant que les bijoux : des perles encapsulées dans du plastique transparent qui sauront ponctuer d’une note d’humour des tenues un brin trop classiques.

Details from #MarcoDeVincenzo backstage #MFW

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Relativement peu habituée au tailoring, Donatella Versace s’y est particulièrement appliquée dans sa dernière collection. Ses blazers à double-boutonnage ont les épaules larges et la taille marquée ; ils se portent sur une minirobe en organza ou des pantalons courts assortis, dévoilant le nombril associés à des cropped tops en velours à capuches – terriblement 90s et déclinés tout au long du show – ou au-dessus des hanches sur des jupes fendues. En parlant d’années 90, les étoles en fourrure à logo VERSACE ont un côté clinquant que les early adopters sauront immédiatement faire pencher vers le cool. D’ailleurs, l’une d’entre elles est associée à l’une des pièces les plus chic de la collection : une petite robe bleu marine ourlée d’orange néon. Les vestes matelassées XXL, mi-doudounes, mi-bombers, claquent aussi sur le podium.

« Courage », « Love », « Equality », « Loyalty », « Unified », « Power » : les messages appliqués sur les modèles s’interprètent comme bon nous semble : après tout, la mode n’est-elle pas une affaire d’appropriation personnelle et sélective des tendances ? Ainsi, nous donnerons une connotation féministe à ces chemises, robes, et jupes transparentes qui s’inscrivent parfaitement dans l’obsession politique de la saison.

Plus évidents à porter que les broderies et les imprimés floraux saturés de couleurs, les dégradés sont particulièrement intéressants, intelligemment placés sur des costumes revisités, des manteaux à la carrure imposante, de la fourrure qui marque la rétine ou des carreaux. Le noir règne en maître absolu, bien évidemment : après tout, quelle autre couleur aurait pu supporter ces extensions capillaires vermillon, jaunes, ou bleues portées par les mannequins ? Les bonnets à logos seront certainement partout, des séries mode des magazines à la rue en passant par les réseaux sociaux qui s’empresseront de les partager à grands renforts de hashtags. Ne reniant jamais l’héritage glamour de son frère, Donatella Versace donne vie à des silhouettes plus jeunes en mixant les genres : cuir, maille et shirting associés à des pièces plus classiques comme un pantalon à pli beige (qui reste court et taille basse, n’exagérons rien !) ; manteau camel sur pull à motif argyle, chemise preppy et jupe à carreaux, denim déchiré et frangé richement brodé de fleurs… Parmi ces looks, le pull rouge en cuir façon cape porté sur une chemise bleu ciel à carreaux et un slim de motarde en cuir zippé fera très certainement fureur. Même la maille argyle est brodée de sequins et de cristaux. Le style Versace s’exprime pour le mieux dans une robe rouge, so Donatella, dans des robes en cotte de maille aux couleurs solaires, ou dans des robes et slipdresses transparentes dont les broderies laissent peu de place à l’imagination.

Pour la collection de sa ligne bis, Giamba, Giambattista Valli proposait lui aussi du velours, brodé de micro volants et de dentelle et associé à un pantalon verni porté sur des bottines lacées à talons : l’une des silhouettes fortes de sa collection, où les robes en dentelle, métallisées, ou aux manches en volume, séduiront à coup sûr les plus jeunes de ses clientes. Dans un style plus habillé, les robes longues sont brodées de mains et d’yeux – symboles protecteurs – ou de noeuds, tandis que d’autres sont imprimées de motifs stellaires. Là-encore, les pièces rouges sont particulièrement réussies.

Chez Vionnet, enfin, les longues robes fluides drapées, si ce n’est transparentes, se portent à même la peau, sur un sous-pull ou sur du denim. La peau lainée, noire, turquoise ou jaune d’or, nous rappelle qu’il s’agit là d’une collection hiver. Car au milieu des rayures à sequins, des flashes de couleur et des longues robes couleur chair, les oiseaux de paradis nous persuaderaient du contraire.

Photo de couverture : (Défilé Diesel Black Gold) Courtesy of The Impression

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