Milan Fashion Week #1 Spectaculaires, Oniriques et Réalistes, Gucci, Alberta Ferretti et N°21 Ouvrent Le Bal

Après New-York et Londres, c’est évidemment à Milan que l’industrie de la mode se donne rendez-vous, tous les six mois, afin de découvrir les collections de la saison prochaine. Cet hiver, Alberta Ferretti ouvrait littéralement le bal, conviant ses invités à une fête digne du carnaval de Venise, où les masques, les capes, les imprimés et les broderies nous auraient presque fait oublier que ce défilé se tenait à Milan. Alessandro Michele aussi, le temps d’un instant, nous plongeait dans un monde à part.

Le sien, celui qu’il imagine depuis deux ans déjà à la tête de Gucci, marquant de son empreinte stylistique si singulière et affirmée une industrie du luxe en pleine remise en question. Alessandro Dell’Acqua, lui, poursuivait son exploration de la féminité à travers une collection cinématographique moins onirique que les deux précédentes mais tout aussi désirable. Aucun de ces créateurs n’en oublierait pour autant la réalité du monde actuel  : d’Alberta Ferretti et ses pulls colorés faits pour le quotidien à Alessandro Michele et ses pièces fortes à fort potentiel commercial, tous capitalisent sur ces défilés événements pour proposer ensuite des modèles plus sobres, faits pour être portés dans la vie de tous les jours. Même si les plus audacieuses n’hésiteront pas longtemps avant d’essayer ces pièces d’exception…

IL EST L’EXCEPTION qui confirme la règle. Brunello Cucinelli incarne l’élégance à l’italienne, à la fois dans ses vêtements, mais aussi et peut-être plus encore à travers son attitude, qui a participé à forger sa réputation : celle d’être un créateur humain et attaché au bien-être de ses employés, comme le racontent les journalistes qui ont eu la chance de visiter ses ateliers. Loin des boutiques de mode milanaises, ils sont situés au beau milieu de l’Ombrie, à des milliers de kilomètres des grandes villes où la mode se fait et se défait de saison en saison. Loin des yeux, loin du cœur ? Si cet éloignement géographique des centres névralgiques de l’industrie de la mode s’illustre également dans des collections peu marquées par les tendances, Brunello Cucinelli peut compter sur une clientèle fidèle à ses pulls en cachemire, ses vestes intemporelles, ses baskets chic et ses beaux essentiels. Pour l’hiver prochain, le créateur vise juste, volontairement ou non. En effet, le kaki est l’une des couleurs phares de cette saison sous haute influence militaire, et c’est justement la couleur déclinée par Brunello Cucinelli, sur un pantacourt en satin, un pantalon large, une longue veste en peau, etc. Il mise aussi sur le velours, notamment côtelé pour une allure délicatement masculine. Sous un blazer, un blouson ou un gros pull, les jupes en tulle apportent une touche de féminité inattendue.

Chez Dondup, les silhouettes masculines s’appuyaient notamment sur un ensemble très intéressant en velours côtelé ou de nombreuses pièces à carreaux plus classiques. Un costume-pantalon fuseau dépareillé se porte sur un hoodie en velours près du corps. L’outerwear a un esprit utilitaire, coupé dans de la toile ornée de zips. Quelques touches de rouge grenat et d’orange – sur une veste façon shearling, un manteau plaid, des étoles en fourrure posées sur les épaules ou de la maille – ponctuent aussi la collection.

Sur une robe signée Wunderkind, le message « Excès libre » résumait plutôt bien la situation. Parmi les looks souvent chargés, faits de superpositions et d’imprimés – carreaux, motifs floraux japonisants – quelques touches de velours faisaient une apparition bienvenue sur des ensembles imprimés de fleurs et sur un costume-pantalon marine.

Le défilé Cristiano Burani s’ouvrait lui aussi sur du velours, avec un ensemble côtelé rouge foncé suivi d’un costume à rayures verticales. La matière de la saison faisait là-encore l’objet de multiples déclinaisons, aux côtés des ensembles fluides façon pyjamas portés sous des manteaux d’extérieur. Après des patchworks graphiques et texturés, défilaient des matières plastiques et métalliques présentes sur des cols montants en PVC, une parka et une combi cuivrées et une charmante jupe métallique et irisée.

Depuis le début du fashion month, je ne cesse de vous parler de l’influence de Demna Gvasalia sur la mode. Et Alessandro Michele dans tout ça ? Deux ans après sa première collection pour Gucci, le fantasque directeur artistique dévoilait une collection automne-hiver spectaculaire, mélangeant les genres (hommes et femmes défilaient ensemble sur le podium), les styles et les influences, donnant vie à des looks hors-du-commun et surtout à des pièces résolument singulières. Même ces pièces que l’on appellerait traditionnellement des « basiques » ou des « essentiels » de la garde-robe n’avaient rien de normal dans cet incroyable décor de verre, un couloir transparent éclairé par une lumière changeante. Les vestes sont métallisées, irisées, brodées de sequins, de perles, d’objets – oh ! une tête de chat ! – et les motifs tapisserie sont brodés de cristaux. Un blazer à carreaux mixé à une jupe à fleurs ? Ce n’est rien, à côté de ces patchworks d’imprimés dont la plupart sont des motifs floraux, mais pas que. Loin de là : prenez ce parfait costume à fines rayures, porté sur un polo au col arc-en-ciel, ces total looks en soie imprimée façon foulards, cette robe à fleurs bleu-blanc-rouge… Même les chemises à motifs plaid sont richement brodées.

#FromTheFrontRow The set for the Gucci Fall/Winter 2017-2018 show @gucci #gucci #MFW

A post shared by Vogue Paris (@vogueparis) on

En référence aux rayures bicolores signatures de la marque, certains mannequins portent des bandeaux rayés façon bandeaux de sport en éponge. Le célèbre motif se décline aussi sur un pantalons fluide à bandes ou sur un costume camel pour homme. Les sous-pulls à capuches d’inspiration sixties ajoutent un côté rétro-futuriste. Quant à ce bomber en fourrure, il est casual et chic à la fois. Dans cette collection, chacun(e) trouvera son compte : plus classiques mais jamais ennuyeuses, les perles font office de fil rouge dans la collection. Leur couleur fait écho à un manteau de fourrure immaculée ou à des pièces en maille ivoire gansée de marine et de rouge. D’un autre siècle, d’un autre continent, d’un autre monde même, Alessandro Michele invente une mode qui s’affranchit de toute contrainte : hors de l’espace, hors du temps, mais bel et bien réelle. En effet, quoi de plus réaliste – et élégant – que cette robe noire fendue et volantée aux épaules froncées ?

Be my piton ❤️🐍⭐️#gucci #guccifw17 #fashionshow #milan #leather #piton #rainbow #swarovski

A post shared by Emanuela Luzzi (@emanuelaluzzy) on

Sous forme de noeuds sur les cols ou à la ceinture, et même sur de simples épaulettes, le velours s’invite également dans cet univers fantasque. Il est idéal sur une tunique de couleur sombre, portée sur un pantalon court bouffant. Au milieu des sequins, du lamé or et des pierreries, les créations de Michele brillent de mille feux, des lunettes aux leggings en néo-cotte de mailles. Le corps d’un mannequin est même entièrement recouvert de cristaux, du visage jusqu’au bout des griffes. Au-dessus de cette impressionnante seconde peau ? Un simple débardeur griffé Gucci et griffonné Common sense is not that common, porté sur un short en denim déchiré. Difficile pourtant de faire plus luxueux que cet ensemble en python multicolore dont le col est brodé de cristaux ou que ce total look (manteau, sac et bottines) du même cuir exotique. Pour le soir, Alessandro Michele ne manque pas de propositions toutes plus extraordinaires les unes que les autres : une longue robe métallisée violet, une cape vert de jade féérique brodée de sequins (colibris, fleurs, nuages stylisés à la japonaise…), une robe en satin rose aux épaules larges, une spectaculaire robe en dentelle blanche à capuche… Sobre par rapport au reste de la collection, une robe en satin imprimée de soucoupes volantes rappelle les motifs spatiaux de chez Christopher Kane à Londres et de chez Lacoste à New-York.

For every look in today's @gucci collection, tap the link in our bio. Photographed by @coreytenold.

A post shared by Vogue (@voguemagazine) on

Pleins d’inventivité, les sacs sont portés à la ceinture ou par groupe – par deux ou même par trois -, accrochés les uns au-dessus des autres. Le mythique Gucci Bamboo est revisité cette saison, en cuir bien sûr, mais aussi sur de ravissants paniers d’osier. Les tops sont enchaînées à leurs minaudières-livres qu’elles attachent aux poignets ou autour du cou. Comme toujours, les bagues s’accumulent, les poignets s’ornent de chaînes, et le visage est couvert par des lunettes de soleil. Ce vestiaire – ou plutôt ce bestiaire – d’hiver est richement accessoirisé de bagues et de boucles d’oreilles en forme de papillons ou de têtes de taureaux, de piercings au septum qui ressemblent à des cornes, de broderies d’insectes ou de lépidoptères délicatement posés sur les robes et les accessoires, recouvrant même parfois les doigts sur de mystérieuses bagues dorées. Aussi improbable que réjouissant, un masque de renard attire tous les regards.

Plus oniriques que jamais, d’incroyables capelines en paille, des cannes aux poignées têtes de chats, des cols mandarins, du brocart de soie, et de délicates ombrelles japonaises achèvent de nous transporter dans l’univers Gucci. Une galaxie décidément bien à part.

Chez Fay, si la silhouette était raccourcie, et par la même occasion, rajeunie, ces vestes cropped portées sur des mini jupes ou de leggings y étaient forcément pour quelque chose. Carreaux et prince de Galles de déclinaient tout au long du défilé, jusqu’à ces pantalons en tartan zippés, rock sinon punk. Une chemise en cuir et des détails en peau de serpent donnaient un côté cowgirl à ces looks résolument jeunes. Les duffle-coats aussi étaient portés sur des leggings, allongeant la silhouette. Plus sophistiquées – sans être plus réussies, d’ailleurs -, les broches-bijoux piquées sur les vestes donnaient une touche glam typiquement milanaise à la collection. Mais le duo de créateurs n’en oubliait pas pour autant son objectif : créer des vêtements faits pour être portés. D’où ce style évidemment plus sportswear insufflé par les leggings, portés avec un sweat ou un pull en maille aux manches tout en volume.

Scottish tartan to stand out from the crowd with grace, as seen on the #FayFW18 runway. #MFW

A post shared by Fay Brand (@fay_brand) on

Alberta Ferretti transportait quant à elle ses invités à Venise, non pas physiquement mais bien à travers sa collection inspirée de la Cité des Doges. Les clins d’œil n’avaient pour ainsi dire rien de discret. Des le début, Gigi Hadid ouvrait le défilé dans une robe à capuche imprimée d’une illustration de la ville. Ce thème se déclinait ensuite sur les pulls, jupes et robes du soir de la marque. Inspirées par les gondoliers, les rayures bicolores, noires ou bleues et blanches de la collection ont l’air d’avoir été peintes sur les pièces en mousseline. Elles s’invitent aussi sur un pull marin à boutons dorés ou sur un manteau en astrakhan. Le thème marin joue un grand rôle dans ce bal des masques où correspondent les capes et les capuches, le velours ainsi que les lions dorés qui surveillent, non pas la ville mais les pulls, ceintures, bijoux et manteaux de la collection.

#GigiHadid graces the catwalk at #AlbertaFerretti #fallwinter17 show. #Instatakeover #MFW | Photo by @luizaferraz x FASHIONTOMAX.COM

A post shared by FASHION TO MAX official (@fashiontomax) on

Quelques pointes de couleurs vives – moutarde, jaune, rouge, violet – ponctuent les looks plus audacieux faits de velours imprimé. Le soir, les plumes et les broderies or habillent les robes transparentes et les longues capes. Porté sur un pantalon à pont et sous une collerette en dentelle noire, un pull sur lequel est écrit Venezia a tout du must-have. D’ailleurs, dès la fin de son défilé, Alberta Ferretti présentait une collection capsule de petits pulls noirs brodés des jours de la semaine en jaune, bleu, vert, rouge, blanc, rose ou violet portés, entre autres, par les sœurs Hadid. Une idée en décalage total avec le reste du show, comme pour nous rappeler qu’au-delà du rêve, Alberta Ferretti sait aussi habiller les femmes au quotidien… du lundi au dimanche.

« From Neorealism to the American Dream ». Tel était le mot d’ordre d’Alessandro Dell’Acqua pour la collection automne-hiver de sa marque N°21, inspirée par l’actrice italienne Anna Magnani, icône du cinéma italien d’après-guerre. D’où ces robes rouges à volants ou aux épaules carrées au style délibérément années 40, celui qui fit tant scandale en 1971 lorsqu’Yves Saint Laurent réveilla le spectre de l’Occupation. Beaucoup plus sage, cette silhouette se décline aussi sur des modèles imprimés de fleurs dont les épaules sont froncées et dont la taille est marquée et ceinturée. Tout en transparence, d’autres robes en mousseline ou en dentelle sont brodées de cristaux ou de fleurs. Les cristaux ajoutent de la préciosité à ces pièces, tout comme les petits pulls à cols de fourrure. D’ailleurs, la fourrure à la milanaise est aussi présente dans la collection. Dans un style moins littéral, les tailleurs et pièces à micro-carreaux sont résolument modernes. Les chevrons aussi sont modernisés sur un ensemble veste et pantacourt, un manteau, ou sur une veste et une jupe fendue gansées de bord-côte rayé, dans un style plus sportswear. Sur un teddy ou un sweat, le shearling apporte une touche de décontraction.

Une seule réserve mériterait d’être émise sur ces sandales portées sur des chaussettes, ces pulls et ces cardigans qui découvrent les épaules, ces robes années 40 brodées de cristaux, et plus encore. Non pas que tout cela ne soit pas désirable, bien au contraire. Cependant, les ressemblances entre ces looks et les récentes collections de Miuccia Prada chez Prada (automne-hiver 2013) et chez Miu Miu (automne-hiver 2011) ne reflètent en rien la créativité bien réelle d’Alessandro Dell’Acqua. D’ailleurs, les pièces en maille recouvertes de motifs de plages et de voitures sont particulièrement réjouissantes… presque autant que la collection Prada de la saison printemps-été 2010 !

Tout comme Alberta Ferretti, Fausto Puglisi coiffait ses mannequins de larges chapeaux qui, comme le remarquait très justement Nicole Phelps, du Vogue américain, ressemblaient à ceux de Jude Law dans la série The Young Pope. Une inspiration qu’une cape ivoire constellée d’or venait ensuite confirmer. En-dessous de ces accessoires ? Brocart de velours rose ou or, mini robes en cuir, blousons en cuir brodés, laçages, plumes… Fausto Puglisi n’a jamais eu peur des superlatifs. Au milieu de son color-block signature, les longues robes noires sont fendues et doublées de couleurs vives. Un imprimé moiré se porte, modernisé, sous un blouson de cuir. Les petites vestes à boutons dorés rattrapent les écarts de conduite des pièces lacées de cuir et des bas-jarretelles.

Inspirée par les papillons, la dernière collection de Francesco Scognamiglio leur était entièrement dédiée. Ainsi, le velours, la soie, et d’autres matière plus légères comme l’organza se parent d’imprimés colorés, de découpes et de motifs en sequins sur des pièces en volume : tops et vestes péplums, jupes à volants… Sur un chemisier blanc ou des manteaux beige et noir, les cols cloutés évoquent la forme des ailes d’un lépidoptère alors que le motif de ces jupes et robes transparentes rappelle leur structure. Les mini robes corsetées et la fourrure ne sont pas du meilleur effet. A l’inverse, les robes transparentes à pois sont tout à fait intemporelles.

🦋🦋🦋 #showroom #francescoscognamiglio #napoletano #anitalianstory #instagram #collection #fallwinter

A post shared by FRANCESCO SCOGNAMIGLIO (@maisonfrancescoscognamiglio) on

Chez Annakiki, la collection intitulée Unsolved Mysteries faisait la part belle aux matières futuristes, métalliques et brillantes : slipdresses, minijupe ou pantacourt vernis, denim métallisé et cuir effet croco argent, costume rayé en satin, sac à dos irisé… Néanmoins, les pièces les plus intéressantes étaient ces modèles en fourrure : un spectaculaire manteau rose, un long manteau orange ou encore un sweat rose oversized. Les épaules larges signent la collection, comme sur ce perfecto argent. Depuis le lancement de sa marque en 2012, Anna Yang a fait de ses recherches sur les matières une signature. Cette saison, elle enrichit son vocabulaire à travers des proportions démesurées : doudoune oversized, veste en cuir et peau lainée aux manches ultra longues, blouses zippées à manches gigot… Les pièces d’Annakiki jouent sur la déconstruction et s’inscrivent à merveille dans l’esprit de la saison.

Annakiki F/W2017 Backstage #annakiki #f/w2017 #mfw #fashionshow #milanfashionweek #backstage #models #milano

A post shared by ANNAKIKI (@annakikiofficial) on

Photo de couverture : (Défilé Gucci) Courtesy of Valerio Mezzanotti for The New York Times

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s