London Fashion Week #4 Couleurs, Sequins, Messages Politiques et Emotion (et Voyage Dans l’Espace !)

Cette semaine à Londres, les couleurs et les embellissements de toutes sortes étaient plus que jamais d’actualité, chargés de messages politiques, de souvenirs personnels ou d’émotion. Chez Roksanda Ilincic, une superbe robe bleue servait à rendre un hommage émouvant au créateur Richard Nicoll, disparu l’an dernier. Chez Erdem Moralioglu, les fleurs et les broderies célébraient le multiculturalisme cher à ce créateur britannique et turc qui délivrait une collection pleine de sens dans le contexte politique actuel. Tout comme chez Ashish Gupta, où les sequins signatures du créateur étaient utilisés dans le but d’apostropher Donald Trump. Et comme toujours, l’incroyable Christopher Kane travaillait les matières dans une collection cosmique en hommage à l’artiste Ionel Talpazan, entre brillantes idées marketing et créativité exacerbée.

TRES TOUCHEE par la disparition du créateur australien Richard Nicoll en octobre dernier, Roksanda Ilincic – qui fut son ancienne camarade de promotion à la Central Saint Martins – ouvrait son défilé automne-hiver sur une robe Nicoll Blue, la nuance de bleu spécialement créée par Pantone en collaboration avec les proches du si regretté designer qui avait fait du bleu l’un de ses emblèmes. Une pièce singulière et détachée du reste de la collection, qui a ému le monde de la mode, bien au-delà du cercle d’amis de Richard Nicoll : créateurs, rédactrices, blogueurs… Tous lui ont rendu hommage en postant une photo de cette couleur ou du designer lui-même, souvent accompagnée de quelques mots célébrant son talent, sa gentillesse et son sourire.

La palette s’étend du rouge au bleu Klein en passant par le bordeaux, le saumon ou le jaune moutarde ainsi que le noir et blanc. Comme à son habitude Roksanda Ilincic appose sa signature graphique sur les modèles : robes et blouses à microplissés aux cols larges, longs pulls en maille, pantalons bouffants fluides et plissés, capes en patchworks de maille… Plus épais, les manteaux sont particulièrement intéressants : long pardessus ou veste à manches courtes en peau lainée, manteaux en laine ou en fourrure bleu vif, manteaux matelassés comme des couvertures… Quant aux ensembles fluides en soie, monochromes ou dépareillés, ils sont tout simplement parfaits. Sur les costumes, les manches des vestes sont légèrement trop longues, mais elles sont fendues pour donner du mouvement et de la grâce, à l’inverse des pantalons, raccourcis pour apporter une touche boyish. Côté accessoires, cette saison encore, les imposantes boucles d’oreilles arty se porteront à l’unité.

Finale @roksandailincic #lfw

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C’est dans un esprit plus utilitaire que d’habitude qu’Antonio Berardi s’intéressait de son côté à des parkas et autres pièces en nylon tout en volume, ainsi que de façon plus générale à l’outerwear dans son ensemble. D’ailleurs, les imposants cols de ce manteau et de ce blouson beiges montent jusqu’aux oreilles, comme s’il s’agissait de protections. Féminines mais non moins fonctionnelles, certaines pièces sont rehaussées de péplums détachables, qui lorsqu’ils sont bel et bien rattachés à l’élément principal affinent la taille par un jeu de volumes. La silhouette est également flattée par ces cuissardes qui allongent la jambe. Là-encore, nous avons la preuve que l’hiver ne sera pas sans velours : il est en effet particulièrement attirant sur cette longue robe du soir. Bien moins risquées que d’autres modèles bicolores à base de rose clair, les longues robes noires sont à ranger dans la catégorie valeurs sûres.

En tant que britannique d’origine turque, Erdem Moralioglu rendait hommage à ses racines à travers une collection richement décorée, illustrant à merveille la richesse de l’héritage de ce créateur pour qui les imprimés fleuris n’ont plus de secret. L’Angleterre est si évidente lorsque les longues robes aux épaules froncées ou ornées de volants défilent sur le podium. Taille cintrée, jupe large, col montant orné de dentelle, boutons recouverts de tissu… La robe de style 1900 se réincarne en de spectaculaires modèles : rayée, blanche et brodée de motifs floraux, en organza noir à plastron… Certaines mériteraient au moins d’être exposées dans un musée, mais uniquement après avoir été sublimées par des actrices capables d’oser porter des pièces aussi spectaculaires sans risquer d’avoir l’air déguisées : imaginez donc Kate Bosworth, Claire Foy, Cate Blanchett ou même Tilda Swinton dans l’une de ces robes ! Les larges épaules arrondies complètent la collection. Toujours du côté britannique – et maternel, pour Erdem – le jacquard se déploie sur des robes aux manches en velours ainsi que des ensembles pantalon et veste à col montant. La dentelle, plus littérale, s’invite aussi sur de longues robes aux couleurs pastel. Même les carreaux sont agrémentés de motifs floraux. Évidemment, l’effet papier peint n’est jamais loin, mais les découpes bien placées et les mélanges d’imprimés évitent que ces looks ne soient figés dans l’espace et dans le temps. Plus sobre, une veste rayée dans des couleurs sombres, ceinturée et à col asymétrique – portée sur un pantalon assorti – ne manquera pas de satisfaire celles qui n’osent pas d’essayer aux fameuses robes.

Backstage at ERDEM Autumn Winter 2017 #lfw #erdemBTS #AW17 #ERDEM

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Où est la Turquie dans tout cela ? Sur les robes en velours brodées de paysages et de plantes venus d’ailleurs, dans les drapés de ces modèles en velours jaune d’or, dans les broderies florales immaculées… Bref, elle se niche dans les détails. C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de cette collection, si personnelle qu’elle ne ressemble à aucune autre, et qu’elle ira s’inscrire à merveille dans les archives de la marque, plus de dix ans après sa création. Tout aussi indispensables sur les looks, les souliers terminent la silhouette : encore faut-il choisir entre les opulentes sandales à plateformes et les bottines lacées, assorties aux tissus de la collection et agrémentées de talons imprimés de motifs décoratifs.

Chez Pringle of Scotland, les total looks en maille fétiches de la marque rivalisent avec des pièces d’outerwear parmi lesquelles des capes, de longs manteaux ceinturés à revers oversized, des modèles longueur genou à double boutonnage, des pardessus XXL enroulés autour du corps comme des couvertures… Pour l’hiver, les carreaux se mélangent à l’infini tant que l’on reste dans les mêmes nuances de couleurs. À propos de couleurs, le jaune moutarde et le bleu Klein ravivent cette collection très majoritairement composée de teintes neutres. La maille texturée est portée, non pas sous, mais sur des anoraks. Ailleurs, elle est côtelée, mouchetée… et pour clôturer le show, elle est retravaillée sous forme de patchworks de motifs argyle, l’éternelle signature de la marque.

Autumn/Winter '17 – inspired by the work of sheltering from the elements, wrapped from the rain. #LFW #AW17

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Chez Sharon Wauchob, il était difficile de distinguer une inspiration derrière les looks de la collection. Après tout, peu importe lorsque les pièces une fois seules sont aussi convaincantes ! La plus belle d’entre elles ? Certainement ce manteau en suède intemporel, porté sur une chemise et un pantalon fluides. Les chemisiers aux manches ultralarges sont parfaits pour tous les jours mais ils s’envisagent également pour le soir, tout comme ces pièces – manteau et robes – en dentelle métallisée. Une veste aux épaules arrondies, des chemises en cuir pas banales, une veste kaki oversized à col XXL décolleté… La peau lainée, vue sur de nombreux podiums, donne également lieu à quelques déclinaisons. La créatrice s’essaie également à superposer des robes imprimées de fleurs sur des pantalons, une idée déjà vue ces dernières saisons, mais aussi chez d’autres créateurs pour l’hiver prochain. Les pantalons fluides dépassent également des longs manteaux, mais nous pouvons deviner qu’ils sont parfaitement coupés… La toile de Jouy fait un retour discret, revisitée dans des couleurs sobres. Le costume déconstruit et les carreaux, eux, se chargeront d’inscrire la marque dans les pages tendances des magazines. En prime, ce pantalon de costume brillant ou cette veste à boutons bijoux n’ont rien de basique.

Want a #fuckinggreatpic at #sharonwauchob love the #coat love the venue

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Pour la nouvelle collection de sa marque Shrimps, Hannah Weiland revisite sa fausse fourrure signature sur des manteaux, bien sûr, notamment un superbe modèle blanc ceinturé de perles, un second, rose pâle dans lequel on se loverait et un troisième, encore, dans une nuance de vert foncé ; mais aussi sur une sorte de gilet appliqué de perles. Ici cependant, les perles n’ont rien de BCBG, même sur un sac de dame ou sur un collier ras-du-cou. Leur modernité est en phase avec le reste de la collection, notamment ce PVC façon cuir verni.

D’une fausse naïveté, les broderies façon dessins d’enfants appliquées sur une robe rose pâle en organza contrastent avec la transparence de cette pièce portée avec des gants en PVC d’une douce subversion. Là-encore, les carreaux sont présents mais contrairement au reste, ils ne sont pas des plus réussis. Aux pieds, des baskets rose pâle en fausse fourrure de mouton rajoutent une note d’humour à cette collection qui n’en manque décidément pas !

Huishan Zhang aussi misait sur les perles, la maille à motifs argyle et les manches ballonnées dans une collection qui manquait quelque peu de cohérence. Les pièces à retenir ? Une robe rose fendue et retenue par des perles, ainsi que d’autres broderies de perles qui forment des losanges sur une robe noire, un manteau et un blouson rebrodé de plumes.

Ne comptez pas sur moi pour être subjectif lorsqu’il s’agit de vous parler de Christopher Kane, que je considère tout simplement comme un génie. Néanmoins, c’est en toute objectivité que je vous présente une collection automne-hiver particulièrement réussie. C’est bien simple : les créations de Christopher Kane ne ressemblent à aucune autre. Ce défilé s’ouvrait sur une robe en damas de soie, pliée comme du papier, qui rappelait les modèles de sa collection printemps-été 2012 inspirée des murs de papier peint qui se décollent dans les chambres d’enfants… Cinq ans plus tard, si l’incroyable créateur écossais – qui célébrait le dixième anniversaire de sa marque l’an passé – fait désormais partie du groupe Kering, il n’a rien perdu de sa créativité sans limites. Au contraire, après quelques ajustements effectués dans les mois suivants la fameuse prise de participation majoritaire, Christopher Kane a profité de cette opportunité pour développer sa ligne de sacs et d’accessoires, souliers et lunettes, mais aussi pour lancer une première campagne de publicité. Ainsi, les looks qui suivaient ce premier look étaient fidèles à l’esprit de ce créateur visionnaire mais réaliste, attaché à créer des vêtements qui seront véritablement portés mais qui sans les déguiser, transformeront celles qui les porteront. (Notez par ailleurs que lors de ses défilés, Christopher Kane a pris l’habitude de commencer par des pièces en rupture totale avec le reste de la collection, passant notamment de ces brocarts roses à des imprimés d’inspiration spatiale).

Une fois décliné en robes ou en tailleurs, ce thème hommage à l’une de ses plus belles collections s’évaporait pour laisser place à de superbes pièces beiges – manteau ou pull – agrémentées de poches sur les manches. Le damas faisait très vite son retour, certes, mais en orange et en gris. Ensuite, après quelques pièces brodées de motifs végétaux, des matières métallisées faisaient leur apparition sur le podium, traduisant clairement l’inspiration futuriste de la collection. Plus littérales, les pièces constellées d’imprimés cosmiques inspirées de l’artiste américain Ionel Talpazan disparu en 2015 étaient la grande nouveauté de la saison, associées aux fameuses Crocs de l’été prochain (déjà en vente sur le site de la marque) qui se déclinent pour l’hiver dans un version pour le mois inattendue, soulignée de… fourrure ! Sur la planète Christopher Kane, les escarpins sont en mousse et les bijoux iridescents apportent un côté futuriste et arty. Sur un manteau beige ou une robe marine dont les revers se portent détachés, de géantes fleurs brodées de sequins annonçaient le bouquet final de la collection : non pas cette forme de déconstruction soft, même si nombreuses sont les pièces asymétriques, découpées, ou reconstruites. D’ailleurs, une superbe robe noire en velours asymétrique nous faisait vite oublier les quelques passages tout en patchworks multicolores – un moment d’égarement. Ni les matières techniques, pourtant omniprésentes bien sûr, comme sur une parka portée sur la chemise assortie, des robes et jupes plissées dans des couleurs chatoyantes, oscillant entre le mauve, le vert et le rose, des robes en dentelle qui ressemblent à de l’aluminium, du satin gris clair fermé par des zips, de la maille (superbe) et de l’organza ornés de sequins… Le bouquet final, c’était incontestablement ces fleurs colorées, pailletées, qui ressemblaient à des stickers en papier métallisé. Accrochées à une longue robe noire oversized, une délicate slipdress, ou pour finir, éclosant sur une robe en satin noir comme un feu d’artifice dans la nuit.

🌸🚨congrats #christopherkane @christopherkane #lfwbyheilbrunner #heywomanloves

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Une ultime surprise ? Si certains modèles de sacs et de baskets sont déjà en vente sur le site de la marque, see now-buy now oblige, cela n’a plus rien de révolutionnaire comparé à l’idée marketing de la saison : le premier sac à voyager dans l’espace ! Une idée de Christopher Kane, bien évidemment…

Chez Osman, les vestes de tailleur découvrent les épaules – esprit Demna Gvasalia es-tu là ? – tandis que les pièces en soie asymétrique ou en brocart métallisé apportent un côté habillé à la collection. Les cuissardes en velours de l’hiver dernier reviennent également cette saison. Ici, elles sont bordeaux et portées avec un look rose pâle. L’un des looks les plus forts reste cette veste à double-boutonnage portée sur un pantalon à volants assorti. Le soir, les sequins colorés ou argent portés en total look font toujours de l’effet. Les carreaux sont davantage tournés vers le quotidien, tout comme une veste en peau ou un manteau beige ceinturé à manches ballon dans lequel Osman a mis toute son expertise.

Chez Joseph, c’est avec une certaine surprise que l’on retrouve de la tapisserie portée sur des imprimés floraux et des bottes stretch à la Demna Gvasalia, dont l’influence sur les collections de l’hiver prochain n’est plus à démontrer. Une tunique bleu ciel portée sur un pantalon fluide assorti rappelle le fameux Nicoll Blue. Ces pantalons, toujours sublimes chez Joseph, sont également revisités en rouge, en bordeaux, en blanc ou en rose pâle, ce dernier étant porté avec un blazer oversized assorti. Un magnifique costume d’homme en cuir est porté sur un top transparent brodé de fleurs. Inattendu. Un pantalon similaire se porte sous un manteau long à double-boutonnage. Idéal. Si certains modèles sont inspirés de vêtements masculins, Louise Trotter prend toujours soin d’y ajouter une touche de féminité : sur un ensemble en laine kaki, ce sont les attaches aux chevilles et les manches ultra longues. De même, le cuir à l’aspect brut est recouvert d’une matière brillante et les surpiqûres présentes sur des chemises à grand col écrues ou sur une combi blanche donnent un côté utilitaire à ces pièces pourtant sophistiquées. Les cabans aussi sont superbes. Mais le look phare de la collection reste un incroyable costume boyish rose vif, porté sur un sous-pull assorti.

❤️💗 @josephfashion #JosephAW17 #LFW

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Cette saison, les sequins signatures d’Ashish ouvraient le défilé de la marque sur de superbes pièces arc-en-ciel : blouson, mini robe, chemise de pyjama et pantalon, longue robe… Les sweats brodés « Don’t give up the daydream », « Love sees no colour » avaient une connotation toute particulière dans le contexte politique actuel, car même si Ashish nous a habitués à ses collections engagées, celle-ci s’adressait frontalement aux États-Unis : plus expressifs que n’importe lequel de ces shorts brodés, le teddy brodé des initiales « USA » aux manches « Unfinished Business » et le t-shirt « Pussy grabs back » ne laissaient rien au hasard. Pulls de ski en jacquard, carreaux et sous-pulls à rayures étaient comme passés sous l’incroyable machine à sequins qu’est devenue Ashish. À l’image de la collection d’Henry Holland inspirée des États-Unis, Ashish Gupta proposait aussi un ensemble de pièces à motifs carreaux comme ceux des drapeaux de Formule 1. Et lorsqu’apparaît un sweat « More glitter, less twitter », on ne peut que dire oui !

Photo de Couverture : (Défilé Christopher Kane) Courtesy of Alessandro Garofalo – In Digital

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