London Fashion Week #1 L’Impertinence des Jeunes Créateurs Secoue La Capitale Britannique

Le terme fashion week est depuis longtemps dépassé. À elle seule, la semaine de la mode new-yorkaise durait huit jours, sans compter les designers qui ont choisi de présenter leurs collections hors-calendrier officiel… En attendant Milan et Paris, le bien (re)nommé fashion month se poursuit cette semaine à Londres, où le calendrier est toutefois plus réduit.

Entre les illustres maisons nées il y a plusieurs siècles telles que Burberry ou Daks et les jeunes créateurs de la scène britannique et internationale tout juste sortis des écoles de mode londoniennes, des marques déjà bien implantées comme Christopher Kane, Anya Hindmarch ou Mary Katrantzou présenteront aussi leurs collections automne-hiver pendant cinq jours célébrant, plus que nulle part ailleurs, la créativité, sous toutes ses formes et sans aucune limite. Résumé d’une première journée haute en couleur, qui en célébrant la nouvelle scène de la mode britannique, donne le ton d’une saison tout en contrastes.

CE MATIN-LA, après avoir ouvert le bal des défilés londoniens avec succès, Teatum Jones s’affirme déjà comme l’un des noms à retenir de cette fashion week. Couronnée par l’édition 2015-2016 du prix Woolmark, la marque qui porte le nom de ses deux fondateurs – Catherine Teatum et Rob Jones – a présenté sa dernière collection lors d’un défilé où les effets de manches donnaient du volume à de très belles robes bleu marine coupées dans des matières transparentes et fluides. Très vite, le duo présentait le fruit de son important travail sur les matières, l’un de leurs points forts. Le jour, un manteau aux manches plastifiées fait écho aux modèles de Raf Simons chez Calvin Klein ; les pantalons à carreaux, must-have de la saison, sont peints de traits de pinceau noirs et prennent un virage plus urbain tandis que pour le soir, la marque mise notamment sur une robe en velours dévoré bleu marine. Les jeux de laçages retenus par de gros rivets ressemblent à un thème largement décliné par Proenza Schouler il y a quelques saisons, mais ils se révèlent ici moins raffinés. Toutefois, les pulls qui reprennent ces détails avec davantage de parcimonie sont déjà beaucoup plus convaincants. D’ailleurs, cette saison encore chez Teatum Jones, la maille est richement travaillée tout en restant moderne. Au milieu de modèles plus sophistiqués qui traduisent un véritable travail d’orfèvre effectué sur les matières, une robe en maille jaune près du corps en apparence plutôt simple – col rond, manches ultra longues et découpes au niveau des coudes – s’élargit vers le bas du corps pour donner du mouvement à la silhouette. Elle est tout simplement idéale, qui plus est portée avec ces bottines cage aux semelles rouges. En effet, Christian Louboutin a lui aussi senti tout le potentiel de Teatum Jones et a collaboré avec la jeune marque sur les chaussures de la collection. Ah ! une dernière chose ! Au cours du défilé, la bande-son répétait fièrement « We are perfect because of our imperfections », thème de cette collection pour laquelle défilaient deux mannequins atteints de handicap. Londres peut remercier Teatum Jones. Je le répète une nouvelle fois, retenez bien ce nom.

La fashion week londonienne se poursuivait avec le défilé du coréen Eudon Choi, dont la collection aux influences masculines proposait d’intéressantes vestes larges colorées ainsi que de l’outerwear, de la maille, mais aussi des pièces plus féminines comme des robes ou des chemises XXL. Casual mais chic, le tout se porte avec des baskets. Le résultat était particulièrement enthousiasmant et rafraîchissant, notamment du fait de cette palette de bleu ciel, kaki et gris relevée de notes blanc cassé, orange, vert sapin ou or, mais aussi grâce aux superpositions bien pensées du créateur et à des proportions résolument oversized. Pour bien commencer la saison prochaine, souvenez-vous d’ores et déjà de ces manteaux ceinturés, de ces longues chemises rayées, de ces belles pièces en soie fluide, et enfin de ces pantacourts qui modernisent véritablement l’allure.

Beaucoup moins moderne, le style suranné d’Orla Kiely fait la part belle à certaines des tendances émergentes de l’hiver prochain : imprimés fleurs façon papier peint, vestes à carreaux, robes et manteaux à plastrons… Les bérets ajoutent un côté rétro à ces looks dont le plus intéressant reste cette robe en velours dévoré de couleur cuivre. Ce qui est certain, en voyant les modèles présentés devant ces canapés à la peau de pêche, c’est que le velours, en matière de mode comme en décoration fera les beaux jours de l’hiver.

Quel plaisir d’admirer la palette de couleurs électriques de Marta Jakubowski. Violet, orange, rouge, rose… Ses silhouettes monochromes jouaient sur la partition déconstruction-reconstruction, à travers des ensembles fendus ou retravaillés comme ce blazer au revers asymétrique porté en écharpe. Le costume est revisité dans ces aplats de couleur flamboyants comme sur une combi-pantalon rose vif ou une veste-body rouge. Là-encore, les pantalons sont cropped, tout comme les tops en velours qui sont évidemment la preuve que cette collection a été produite sous influence nineties. Une décennie qui continue donc d’inspirer la mode, comme l’illustrent ces robes que l’on croirait assemblées à partir de doudounes.

Chez Daks, les pièces d’inspiration masculine à carreaux, prince de Galles ou à rayures banquiers se portent nonchalamment, sur de la maille ou mains dans les poches, et confirment ainsi que la tendance au tailoring ne s’est pas arrêtée à la frontière américaine. Ici, les looks majoritairement gris et ponctués de bleu marine sont accessoirisés de mocassins et de bonnets en maille. Surtout, notons que là-aussi, les pantalons sont des pantacourts, décidément de retour l’hiver prochain.

Ashley Williams mixait tartans, franges, et denim revisité dans un défilé d’inspiration cowboy où les manches ballon oversized confirmaient une envie de volume (du moins de la part des créateurs) pour l’hiver prochain. Si les mini vestes, les imprimés hawaïens (!) et l’effet peau de vache sortent du cadre, les jeans, eux, sont bien plus convaincants, tout comme cette veste en peau jaune pâle portée sur un hoodie noir. Plus sage qu’à son habitude, Ashley Williams prend le temps de glisser un message politique imprimé sur ses robes et ses sweats. Optimiste (« Save the planet ») ou fataliste (« Misery »), à vous de choisir !

@ashleywilliamslondon makes a statement. 📷 @anabel_nll #LFWAW17

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Bora Aksu, lui, nous invitait de nouveau dans son monde romantique rempli de robes à volants pour l’hiver 2017. Le thème de la collection ? Les Suffragettes, ce mouvement de femmes qui manifestèrent au début du XXème siècle afin de réclamer le droit de vote. On ne peut plus féministe, donc. Les canotiers noués autour du cou, les carreaux vichy, les manches gigot et les cols plastrons permettaient très justement d’asseoir la référence historique. Sur le podium du créateur turc, cela donnait surtout lieu à des robes longueur midi, dans une palette de noir et blanc qui progressivement s’ouvrait au bleu pastel. De superbes robes en dentelle et volants, romantiques mais néanmoins modernes, nous auraient presque fait oublier l’inspiration de la collection. Sur les manches des robes ou sur les cols, les mots « Peace » ou « Love » appuyaient le propos.

Les collections de Roberta Einer sont de celles qui se regardent de près. La signature de cette créatrice d’origine estonienne ? Des motifs colorés réalisés en sequins de toutes les tailles et de toutes les couleurs, mélangés à des perles, du tissu ou des cristaux Swarovski et appliqués sur des pièces à l’esthétique urbaine. Autrement dit, des créations parfaites pour faire la une des blogs de street-style ! Les robes de la collection automne-hiver sont ainsi brodées de sequins, sur le col comme sur ce modèle beige à détail plissé métallisé ; ou entièrement recouvertes de ces pastilles de couleur comme la robe légèrement oversized qui clôt le lookbook. Le cuir métallisé fait plusieurs incursions réussies tout comme le jacquard, lui aussi relevé de brillance. La maille est incroyablement travaillée et même les blousons teddys sont richement brodés, résultat d’une expérience impressionnante acquise par la créatrice au cours de stages chez Mary Katrantzou, Balmain ou encore Alexander McQueen.

En découvrant Le Kilt, nombreux sont celles et ceux qui s’attendent à découvrir une marque monoproduit. Pourtant, la marque créée par Samantha McCoach va bien au-delà de la célèbre jupe écossaise. Les imprimés carreaux sont retravaillés sur des jupes et des robes, en all-over ou en patchwork. Les kilts en bonne et due forme se déclinent en cuir verni ou en satin. Le trench est déconstruit, doublement ceinturé ou retravaillé en top dans d’intéressantes versions sans manches. Le denim brut est lui-aussi revisité en robe ou en total look.

Chez Belstaff, l’outerwear est une tradition. Blousons de cuir, parkas et manteaux en laine ceinturés, cabans, peau lainée, fourrure… Les pièces de la dernière collection seront parfaites dès la baisse des températures ou dès les premiers jours de pluie.

Le duo Fyodor Golan présentait une collection particulièrement colorée faite de découpes et de drapés asymétriques. T-shirts graphiques oversized, imprimé léopard en version pop, carreaux, robes et joggings à rayures à l’esprit sport… Leur défilé était un véritable melting-pot d’influences où la couleur claquait comme le maître mot. Les meilleurs moments de ce show ? Certainement ces Post-it appliqués sur les jeans, ou sur une jupe et une cape en PVC transparent. D’ailleurs, le logo de la célébrissime marque de 3M se retrouvait sur un cropped-top rose néon à col victorien. La palette stabilo se décline également sur des pièces plissées au milieu de manches doudounes et de modèles d’inspiration streetwear. Une robe en maille drapée de couleur bleu électrique sortait elle aussi du lot. Dans le contexte actuel, les slogans « Power Power Power » et « Don’t call me princess » prenaient, pour le meilleur, une joyeuse connotation féministe.

Les tailleurs modernisés d’Haizhenwang proposaient d’intéressantes superpositions, modernisant ainsi les classiques de la garde-robe féminine de tous les jours : chemises rayées, tailleurs-jupes ou pantalons… La doudoune se transforme en étole ou en ceinture-corset, le costume à rayures banquier se porte (là-encore !) recouvert de PVC ou retravaillé en version sport, patché d’écussons « Fragile » et « Handle with care ».

Steven Tai, lui, invitait ses spectateurs à une présentation sous le thème « Sleep Now. Work Later. » D’où ces pyjamas imprimés de motifs coloriage, ce style décontracté presque débraillé et ces matières froissées comme sorties du lit. Amusant et fidèle à l’esprit du créateur, un top est brodé d’un masque de sommeil. Les matières sont douces, cosy et réconfortantes, tout comme cette palette de tons neutres – beige, gris, écru ou noir. Cette saison encore, le travail sur les matières est remarquable : les plissés sont fluides tout donnant l’impression d’être épais, presque liquides. Et comme toujours chez Steven Tai, il faut une touche de bizarrerie : vous la trouverez dans de petites lunettes carrées posées sur le jour du nez ou dans de grosses chaussettes d’hiver, rentrées dans des sandales plates au nom de la collection, évidemment.

Les carreaux, le velours noir, les pantalons larges… Toujours à l’affût des tendances, PPQ proposait une collection entièrement composée de noir, blanc et gris, où les rayures se portent en total look, comme sur une robe aux épaules carrées ou plus raisonnablement sur des pièces fortes comme un pantalon large noir et blanc. Les plumes blanches donnaient un côté théâtral, assez peu convaincant à vrai, dire à la collection. Cependant, les longues jupes et les pantalons à taille haute (notamment un modèle en velours) portés sur des sous-pulls fins – rayés ou unis – et accessoirisés de baskets dessinaient une allure de saison particulièrement enthousiasmante.

Sadie Williams, de son côté, mettait sa passion pour les textiles au service d’une collection graphique et colorée où les mannequins portaient des jupes amples longueur midi, collants ajourés et Converse aux pieds. Un esprit sportswear que l’on retrouvait dans les sweats à capuche, les motifs tricolores ou sur un blouson en satin. Sur la plupart des pièces, l’esthétique casual conférée par la coupe est contrebalancée par des matières plus nobles parmi lesquelles le velours jaune d’or, mais aussi par des détails devenus les signatures de la créatrice : matières métalliques, cristaux et lamé.

Cette saison encore, la prestigieuse école de mode Central Saint Martins présentait les créations de ses élèves sous le regard attentif de Fabio Piras, successeur de la regrettée Louise Wilson, disparue en 2014, au poste de directeur du prestigieux MA Fashion.

Le défilé s’ouvrait sur les créations résolument expérimentales de Markus Wernitznig : après les manteaux de fourrure oversized et déconstruits, le jeune designer proposait des matières transparentes mixées à du tailoring avant de s’essayer, dans un style nettement plus radical, à d’audacieux total looks en plastique aux couleurs acides.

#MAFCSM17 @markus_wernitznig 1.

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La créatrice d’origine bulgare Emma Chopova et son acolyte Laura Lowena s’inspiraient du costume traditionnel bulgare pour des pièces saturées de couleurs vives à l’esthétique rock des années 80 : ornés de mousquetons ou d’empiècements de tissu multicolores, ces modèles ultraflamboyants témoignent au moins d’un remarquable travail sur les plissés.

Inspiré par la Couture des années 70-80, Amir Khorasany proposait de superbes pièces aux coupes singulières, sophistiquées mais réalistes. Parmi elles, un jumpsuit bustier ceinturé d’un large nœud en satin rouge, un pantalon bleu canard à la taille ultra haute porté avec une veste et des escarpins assortis, un superbe pardessus rouge ou encore un modèle noir intemporel ponctué des deux couleurs fortes de la collection. Les boutons-bijoux renforçaient le côté couture, tandis que les cuissardes en satin faisaient office de fashion statement.

#amirkhorasany#LFW#mafcsm#londonfashionweek#centralsaintmartins#csm#redrose#coat#bfc#fall2017#mafashion

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Chez Johannes Böhl, les matières transparentes ou plus opaques s’enroulaient autour du corps dans des drapés que l’on s’imaginerait presque être le fruit du hasard. Pourtant, tout ici a fait l’objet d’un véritable travail d’expérimentation de la part du créateur.

La collection de Peter Movrin etait incontestablement l’une des plus spectaculaires : sa vision du glamour ponctuée de références utilitaires se fonde sur des tissus fabriqués par le designer lui-même à partir d’organza fluorescent ou de papier recouverts de lamé. Les volumes exceptionnels – longs manteaux, volants, pantalons larges -, l’incroyable micro-palette de rose et orange et les textures métallisées contrastent avec des matières brutes. Lorsque la créativité n’a pas limite.

#CentralSaintMartins #lfw 📸 @claragiaminardi #voguetalents #alwaysupportalent @saramaino_vt

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Gabriella Sardeña non plus ne semble pas connaître de limites. Portées sur des bodys et de longs bas rayés, ses robes transparentes brodées de matériaux en tous genres ont fait le bonheur d’Instagram.

Si les créations de Gabriele Skucas paraissent extrêmement simples au premier abord, leur construction est en réalité très complexe : les blouses écrues portées sur de sobres jupes noires sont crochetées à la main, tout comme certaines de ces jupes réalisées en maille, justement. Une collection minimaliste mais au savoir-faire remarquable, qui a autant plus d’impact dans un défilé où toutes les extravagances sont les bienvenues. Si cela n’est pas de l’impertinence…

Confrontant lui-aussi les esthétiques basique et Couture, Tom Guy a présenté une collection incroyablement moderne où la naïveté des broderies de sequins inspirées de celles que réalisaient sa grand-mère ajoute du charme à ces robes en tulle portées sur des pantalons fluides et pour la plupart moirés. Même la signature de la marque est délicatement brodée sur les magnifiques robes transparentes. Le tout se révèle absolument onirique, sans pour autant tomber dans le cliché de la robe de princesse. La modernité dans tout ça ? Elle se cache dans les détails : les robes en organza ont été peintes à la peinture en spray.

Central Saint Martins. #fashionweek #londonfashionweek #london

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Look 2. Embroidered name labels on outside of all looks. All embroideries by me.

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À l’inverse, Joshua Beaty signait une collection qu’il décrivait ouvertement comme « monstrueuse » où les provocations en tous genres montraient qu’à Londres plus que nulle part ailleurs, tout est définitivement possible.

#MAFCSM17 @lorealprouk

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Photo de couverture: (défilé Central Saint Martins, modèles de Markus Wernitznig) Courtesy of The Impression

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