New York Fashion Week #8 Spectaculaire, Marc Jacobs se Surpasse, Survole et Clôture Une Semaine Riche En Surprises

Après une semaine de la mode particulièrement engagée, parsemée de messages féministes et de prises de positions politiques dans des défilés aux castings plus diversifiés que jamais, le show Marc Jacobs a rendu un hommage vibrant au mouvement hip-hop à travers une scénographie unique qui a surpris et (ré)enchanté le monde de la mode.

CHEZ See by Chloé, les teddys revisités en blousons ou en bombers, les pantalons de style baggy, les gros pulls et les bottes esprit rangers contrastent avec des pièces à volants plus féminines. Si Clare Waight Keller quittera bel et bien la direction artistique de la marque à la fin de la saison, le style Chloé qu’elle s’est attachée à réinventer ces dernières années a encore de beaux jours devant lui comme le prouvent ces jumpsuits, patchworks de dentelle et autres lavallières démultipliées autour du cou qui auraient tout à fait pu figurer dans l’une des collections de la ligne principale de la maison parisienne.

Évidemment, une marque comme Theory ne peut que prendre plaisir à réviser ses classiques lorsqu’une saison comme l’automne-hiver 2017 place le costume au centre des tendances. Après avoir fait l’objet de toutes les déconstructions sous la houlette de Demna Gvasalia chez Vetements et Balenciaga, le costume a été réinterprété pour l’été par Nicolas Ghesquière chez Louis Vuitton. L’hiver prochain, il est de toutes les collections, imprimé ou color block, structuré ou fluide, pour le jour comme pour le soir, travaillé dans des matières aussi variées que la laine, la soie ou le velours. Chez Theory, les vestes à double-boutonnage – dont les manches des chemises ou des pulls à col roulé dépassent franchement – se portent sur des pantalons fluides assortis. Déclinés en vert, en bordeaux, et évidemment en noir, ces pantalons sont d’ailleurs absolument parfaits. Les carreaux aussi sont là, en total look même, structurés sur un manteau ou des tops à basques. Les rayures banquier et les sous-pulls en maille colorée sont à ranger dans la catégorie beaux essentiels. Le cuir est assez près du corps pour galber la silhouette, comme sur une robe et sa version top, mais il prend aussi un air plus décontracté sur ce pantacourt noir. Enfin, les deux vestes en velours qui ferment le lookbook sont tout simplement i-dé-ales.

Nous retrouvons l’un de ces pantalons fluides chez Zoë Jordan où des notes de rose poudré, orange, vert et rose néon viennent ponctuer un lookbook essentiellement gris dans lequel la créatrice présente des pièces de casualwear faciles à vivre mais pas ennuyeuses. Grâce à des matières plus modernes comme ce cuir métal argenté ou ces impressions tie-and-dye, ses pièces en maille s’offrent une seconde jeunesse.

La décontraction chic de Nili Lotan s’inscrit dans cette tendance actuelle aux beaux basiques – le terme n’a rien de péjoratif ici, même s’il est préférable de parler d’essentiels ou d’intemporels – qui privilégiant des couleurs sobres et des coupes épurées de focalise sur les matières et le confort. Ainsi, les costumes-pantalons ultralarges unis ou à motif ton-sur-ton. Pulls loose et chemises rayées se portent rentrés dans des pantalons particulièrement oversized. Les pantalons kaki à la coupe slim sont noués à la cheville et portés sous un long cardigan ou un manteau en laine avec des bottines. Un look on ne peut plus réaliste, mais aussi désirable que ces larges jeans gris fendus sur le côté. Pour le soir, une slipdress en velours dévoré bleu nuit et un ensemble nonchalant en satin noir suffiront à vous habiller.

Lisa Perry cité régulièrement l’art comme inspiration dans ses collections sous influence sixties. Pour l’hiver prochain, elle rend hommage à Joan Miró à travers des robes et ensembles en velours imprimés de motifs inspirés des œuvres de l’artiste, notamment de ses fameuses Constellations. L’une des célèbres petites robes noires à l’esthétique arty de Lisa Perry de voir cette saison brodée de fourrure rose vif. La tenue chic et décalée que ses clientes n’hésiteront pas à adopter pour leurs prochains vernissages.

Parmi les dernières créations de Sea, il y a fort à parier que les robes blanches brodées de dentelle ou imprimées de fleurs, les blouses couleur safran et les pièces en denim feront la joie des adeptes de la marque Américaine. L’hiver prochain, afin de rester en phase avec les tendances, elles essaieront peut-être de mixer à leur garde-robe bohème certaines de ces pièces de saison : trench-coats en satin, ensembles à carreaux, pull oversized et autres vestes bi-matières qui n’attendent que l’arrivée de l’automne pour arpenter les rues de New-York.

En ce dernier jour de fashion week, le défilé Marc Jacobs était le seul show à proprement parler, mais s’il était si attendu par le monde de la mode, c’est au moins pour deux autres raisons. Premièrement, il n’est pas nécessaire de rappeler que Marc Jacobs fait partie des créateurs les plus talentueux de sa génération : de saison en saison, le styliste se réinvente, souvent en rupture totale avec la collection précédente, et trouve son inspiration là où nous l’attendons le moins. Deuxièmement, parce que ce défilé s’inscrit dans une période d’incroyable créativité pour le designer américain. En effet, ses trois dernières collections (sans compter les lignes croisière) étaient particulièrement réussies : pour l’été 2016, il rendait hommage aux États-Unis dans un superbe défilé-spectacle tout en red, white and blue, comme une lettre d’amour dédiée à la culture américaine. L’hiver dernier, son vestiaire oversized d’influence dark-goth porté sur d’immenses chaussures à plateformes créait l’événement. Pour l’été 2017, Marc Jacobs présentait une collection féerique d’inspiration rave sur une version édulcorée des fameuses sandales à talons où des minirobes richement décorées portées par des mannequins coiffées de dreadlocks multicolores défilaient sous un incroyable ciel d’ampoules à filament.

Cette semaine, Marc Jacobs a de nouveau enchanté son public, invitant rédactrices, blogueurs, acheteurs et autres personnalités de la mode et de la musique à un défilé inoubliable sur Park Avenue. Au milieu d’une seule et unique rangée de sièges installée au centre du Park Avenue Armory, les tops défilaient sans aucune musique sous le regard d’invités priés d’éteindre leur smartphone et de ne pas prendre de photos. Cela ne les a d’ailleurs pas empêché de rire aux éclats, commentant les modèles au-fur-et-à-mesure des passages. En reprenant le contrôle sur sa présentation, dans une industrie de la mode souvent blasée et scotchée sur son smartphone prête à instagrammer le moindre détail, Marc Jacobs frappait déjà un grand coup. Après cet étrange défilé, les mannequins sortaient sur Park Avenue, sous les flashs des photographes et sous les yeux des passants interloqués, au milieu du vacarme new-yorkais. Il n’y a qu’à l’intérieur du bâtiment – où le bruit des bottes en cuir résonnait sur le parquet – que le temps semblait s’être arrêté. Un spectacle unique, qui se terminait devant un mur d’enceintes devant lequel l’impressionnant casting de mannequins – toutes les tops favorites des milennials étaient présentes – venaient s’asseoir sur des chaises à leurs noms, s’autorisant des selfies dans leurs téléphones à coques siglées MJ, of course. En musique, Marc Jacobs venait saluer un public conquis, qui même s’il n’avait pas d’autre choix que d’applaudir, le faisait avec enthousiasme et une certaine émotion. Parce qu’au-delà du spectacle et de ce que j’aime appeler « un véritable moment de mode », les vêtements étaient tout ce dont nous pouvons rêver venant d’un créateur comme Marc Jacobs.

L’inspiration de la saison ? Pour sa collection sobrement intitulée « RESPECT », Marc Jacobs dit s’être nourri d’un documentaire, Hip-Hop Evolution, qui explique comment le mouvement culturel du même nom a contribué à redéfinir le paysage musical, donnant vie à un style unique, comme un nouveau moyen d’expression. Dans les notes accompagnant son défilé, Marc Jacobs explique comment, en tant que New-Yorkais d’origine, il a pu sentir dès sa naissance l’influence extrêmement forte du mouvement hip-hop, aussi bien sur les autres genres musicaux que sur l’art ou bien évidemment sur la mode. Ce show était donc avant tout un hommage, moderne plutôt que passéiste, témoin d’un profond respect et d’une véritable admiration qui se ressentaient dans les vêtements. À commencer par ce premier look : veste en velours côtelé beige à col de fourrure, minirobe dorée, boucles d’oreilles strassées or, chapeau cloche écru et bottes assorties, portés par la top Slick Woods au vernis à ongles bicolore et à la bouche grenat.

Chaque look ou presque est différent, un stylisme célébrant plus que jamais l’individualité. Cette tendance qui a priori n’en est pas une semble pourtant devenir la norme chez de nombreux créateurs. Ici, les minirobes de party girl brodées de perles, de plumes et de sequins – une tendance en devenir ? – se portent sous des manteaux de ville courts en toile ou en fourrure, en denim ou en velours, ou sous des gilets en maille zippés. La palette s’étend du beige au marron en passant par le camel, l’ambre, le rose framboise, le rouge et le grenat. Certaines pièces comme les pantalons larges ont un côté uptown, renforcé par des chevrons, des touches de fourrure pas forcément bling ou par les pulls à motif argyle ou câble (un clin d’œil aux chaînes en or portées par les rappeurs). Un pull à col montant à motif trois bandes rappelle une célèbre marque de sport ; mais porté avec un pantalon et une veste à sequins, il redevient instantanément désirable. Sur les pulls et sur un survêtement rouge vif, les zips dorés griffés MJ sont partout. Même la maille est ornée de plumes, car la nuit comme le jour, la vie est une fête.

Chez Marc Jacobs, les pantalons fluides ne touchent pas le sol, car les tops sont juchées sur des mocassins aux fameuses plateformes, devenues l’un des nouveaux codes de la marque. Tout comme le hip-hop se plaisait à mélanger les styles, Marc Jacobs mélange les matières, ne laissant pas un col dénué de fourrure, de peau lainée ou d’agneau de Mongolie. Chevrons et carreaux apportent un côté masculin qui contraste avec la féminité exacerbée des robes et des accessoires, notamment de ces bijoux en cristaux et métal doré. Hip-hop oblige, les bagues ressemblent à des coups de poings américains, et les lourdes chaînes en or sont en réalité issues d’une collaboration avec l’artiste Urs Fischer. Les chapeaux signés du chapelier fou Stephen Jones, eux, s’inspirent du chanteur Andre 3000. Enfin, s’il n’est pas le plus beau look de la collection, un manteau de fourrure porté sur un hoodie bicolore par la magnifique Alek Wek résume parfaitement ce qu’est la mode en 2017 : un mélange éclectique d’inspirations, qui cherche à faire rêver le plus grand nombre tout en entretenant son exclusivité ; descend de la Haute Couture à la rue et remonte jusque dans les studios des créateurs ; regarde vers le passé et anticipe le futur pour toujours mieux s’inscrire dans le présent.

Marc Jacobs x Urs Fischer #MJFW17

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Photo de couverture : Courtesy of Marc Jacobs

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