New York Fashion Week #3 Messages Politiques, Velours et Jeunes Créateurs Donnent Matière à Réflexion

Que ce soit en arborant un bandana blanc ou un badge rose en soutien au planning familial américain, les acteurs de la mode – créateurs, journalistes, mannequins, célébrités… – ont exprimé leur colère, leurs revendications et leurs messages d’espoir dans un pays profondément divisé par son quarante-cinquième président.

Les thèmes les plus cités lors de cette semaine de défilés ? La déconstruction (ou la reconstruction, au choix), la survie, le militantisme et le voyage, par la pensée ou bien réel, pour s’évader de ces États-Unis plus fracturés que jamais. Cela donne vie à une mode maximaliste, dans le choix des matières comme des proportions. Les plus pessimistes voient l’hiver en noir, parfois nuancé de gris ou de kaki, faisant la part belle aux doudounes ou aux manteaux enveloppants, comme un bouclier. Les autres prônent une décadence faite de riches broderies, de coupes oversized et de couleurs pop, comme si le matérialisme était l’unique solution à ces dérives de la pensée. À des milliers de kilomètres de New-York, voici le best-of de cette troisième journée de défilés automne-hiver 2017.

DES SA PREMIERE COLLECTION, Ryan Roche m’a littéralement ébloui. C’est donc tout naturellement que j’étais très heureux de la voir faire partie des finalistes des derniers CFDA Awards, où elle n’a malheureusement pas remporté le prix tant convoité. Pour son tout premier défilé présenté ce samedi à New-York, la créatrice proposait une palette de tons neutres, où le blanc, le beige et l’écru sublimaient des ensembles épurés à l’élégance discrète mais indéniable. Ses larges pantalons fluides sont toujours parfaitement coupés, sublimant la silhouette. Le rouge passion claque dans ce défilé de couleurs minimalistes. Il y avait aussi l’embarras du choix parmi les pièces en cachemire, judicieuse signature de Ryan Roche depuis ses débuts : un pull immaculé à col polo, un autre d’un noir profond, dont le volume des manches équilibre la ligne droite d’une jupe tube en maille, ou une robe rouge de laquelle dépasse une fine couche de dentelle. Les slipdresses et les pardessus d’hiver prolongent l’expérience visuelle et tactile de cette créatrice résolument à part.

Ryan Roche by @russelljames @rawspiritfragrances xx!

Une publication partagée par Ryan Roche (@ryanrocheny) le

Alejandra Alonso Rojas, quant à elle, démontre son savoir-faire du cuir à travers des pièces élégantes mais faites pour le quotidien : ses jupes longueur midi en cuir ou en suède sont lacées à la taille par un corset qui semble juste avoir été délicatement posé sur les hanches. Au service d’une certaine décontraction, tout en raffinement, les longs manteaux ceinturés à cols de fourrure et la maille d’hiver se déclinent dans des couleurs sourdes, comme délavées par le temps. Les pièces bleues sont les plus réussies, suivies de très près par les nuances de bordeaux et de vert olive.

Chez Adam Lippes, les manches sont si longues qu’elles donnent de la grâce à des pièces que l’on s’imagine volontiers en mouvement, même à travers ce sobre lookbook. Sur un caban ou une longue veste de smoking transformée en robe, les boutons bijoux dépareillés apportent un réel cachet. Audacieux et toujours omniprésent l’hiver prochain, le velours milleraies se porte en total look, oui, mais vieux rose s’il vous plaît.

L’automne est l’occasion pour la marque de maillots Chromat de s’essayer à de nouvelles catégories : en développant ses robes d’inspiration lingerie l’hiver dernier, la marque avait marqué des points et continue sur sa lancée avec un modèle en jersey scuba noir qui colle à la peau. Mais c’est véritablement dans l’outerwear qu’elle se démarque cette saison. Non pas dans cette robe à manches bomber mais plutôt par ces impressionnantes pièces gonflables portées par des mannequins aux proportions plus réalistes qu’ailleurs. Une inspiration survivaliste qui replace une fois encore la mode dans sa fonction sociétale, celle de refléter le contexte politique, économique ou social, mais aussi sa capacité à faire passer un message : comment continuer à vivre de son travail en tant que jeune créateur de mode dans un pays en pleine crise politique ? D’où ces pièces oversized, protections 2.0 littéralement gonflées et quelque peu absurdes dans leurs couleurs pop, comme un ultime pied de nez à l’administration Trump.

Les matières luxueuses sont une obsession chez de nombreux designers cette saison, comme Jill Stuart qui mêle le velours à de riches ornementations dans un univers victorien où trop n’est jamais assez. Ses robes quasi gothiques, brodées de volants et de ruchés accumulent les références. C’est pourquoi nous leur préférerons la sobriété de ces jacquards ton sur ton.

Dans un décor lunaire digne de la planète Tatooine, Felipe Oliveira Baptista présentait simultanément les nouveaux vestiaires de la femme et de l’homme Lacoste. Inspiré par les tenues d’aviateur, ce dernier emprunte aux uniformes leurs matières techniques, nylon en tête, et s’essaie même au cuir, décliné dans un camaïeu de brun, ocre et autres couleurs de terre qui renvoient aux premières heures de l’aviation. Hasard du calendrier, son défilé prenait place quelques jours après la sortie du numéro anniversaire du magazine Harper’s Bazaar dans lequel Rihanna rend hommage à l’aviatrice américaine Amelia Earhart qui fut la première femme à traverser l’Atlantique en avion. Plus les modèles défilent, plus Baptista s’éloigne de la Terre : les combinaisons zippées et les pantalons oversized sont plus proche du look de l’astronaute que de celui du pilote et confèrent aux mannequins un look très années 90, tout comme ces chemises imprimées plaid à la Kurt Cobain. Je me répète, mais l’hiver 2017 sera de velours ou ne sera pas : chez Lacoste, il est aussi à bord, revisité en patchworks colorés sur des robes dont les motifs galactiques, au même titre que le sweat must-have de la collection, s’inspirent de l’artiste spatial Ron Miller.

back to the future, @lacoste ☄️☄️☄️ #lacostefw17 #NYFW

Une publication partagée par Cameron Tewson (@camerontewson) le

Parmi ceux qui explorent le thème de la protection, voire de la survie, il y a Romeo Hunte, dont les doudounes et autres parkas oversized sont en parfaite osmose avec le blizzard new-yorkais.

Les chaussettes en latex ont fait parler d’elles chez Creatures of the Wind. Cet accessoire a volé la vedette aux vêtements parmi lesquels d’intéressantes pièces en satin, des imprimés carreaux démodés, des strass brodés en trompe-l’œil sur les cols, ou encore des plumes qui scintillaient de mille feux.

#backstage at @creaturesofthewind for @voguemagazine #nyfw

Une publication partagée par COREY TENOLD (@coreytenold) le

Chez Tibi, les tenues les plus corporate qui soient – chemise d’homme, costume à carreaux, rayures banquier -, sont réinterprétées avec soin pour être portées au travail comme le week-end. Comme chez Balenciaga ou Louis Vuitton cet été, cette collection répond à un désir d’empowerment à travers le vêtement : il suffit de voir ces épaules carrées, fil conducteur du show. Là-encore, le pantalon est partout, même sous les robes. D’ailleurs, les ensembles en maille scintillante sortent quelque peu du cadre tandis que les pièces les plus simples, du moins en apparence, sont aussi les plus intéressantes cette saison. Et devinez-quoi ? Du col roulé à la robe volantée en passant par les chaussures, Tibi n’aura pas su résister à l’appel du velours.

Grown ass woman clothes. 👔@tibi

Une publication partagée par Diana Tsui (@chupsterette) le

Dion Lee aussi aura cédé à la tendance : noir ou bleu électrique, le velours habille les slipdresses de cet Australien régulièrement salué pour son expertise technique.

Do we make that clear? @_dion_lee_ (📷: @therudejew) #NYFW #MADEnewyork

Une publication partagée par MADE (@made) le

Chez Christian Siriano, ce n’est pas la palette composée de vieux rose et de rouge brique qui restera dans les esprits. Le velours est encore là, sur des ensembles dépareillés en journée ; sur une combinaison-pantalon à traîne ou sur de longues robes victoriennes à la nuit tombée. Plus que jamais cette saison, le designer réputé pour ses castings prônant une image hétéroclite de la féminité faisait défiler des femmes aux formes généreuses, comme un manifeste. Parmi elles, Sabina Karlsson, aussi vue chez Chromat dans la matinée. D’ailleurs, le t-shirt griffé PEOPLE ARE PEOPLE porté sur une longue jupe en satin rose donnait encore plus d’écho au choix de Siriano de faire défiler ces femmes encore trop peu mises en avant par la mode. Seuls peut-être les noms de Candice Huffine et d’Ashley Graham se sont installés dans les esprits, d’autant plus depuis que la seconde de ces deux plus size models fait la couverture du prochain numéro du Vogue américain célébrant les Femmes avec un grand F. Voici donc un autre exemple de politisation de l’industrie de la mode, qui n’a certainement pas fini de nous surprendre…

A reminder that #PeopleArePeople on the @csiriano runway today. ✊ #NYFW 📸: @gettyfashion

Une publication partagée par Teen Vogue (@teenvogue) le

Chez Jonathan Simkhai justement, les tee-shirts Feminist AF distribués aux invités donnaient le ton d’une collection on ne peut plus féministe, avec ses vestes de matador et ses robes en dentelle brodées de rivets qui déniaisent sérieusement l’ensemble. Le savoir-faire du créateur se reflète dans la méticulosité accordée aux ornements. Des jeans déchirés ? Oui, mais rebrodés de fils métallisés et de cristaux. Du cuir à même la peau ? Absolument, enrichi par des volants et des broderies bijoux. Les étoles en fourrure et les cuissardes en velours à bout pointu complètent un vestiaire opulent mais qui sait rester jeune. La preuve ? Cette veste en denim gris entièrement brodée, qui habille sans déguiser, et se révèle bien plus féministe qu’il n’y paraît.

It's all about the oversized denim jacket as dress! ❤️ #JonathanSimkhai #fall17 #nyfw #beaded #denim

Une publication partagée par Susan Joy (@susanjoy) le

Que s’est-il passé chez À Détacher ? C’est comme si des éléments d’inspiration venant de toutes parts avaient été mélangés dans un shaker, pour aboutir à une collection décousue, sans réel fil conducteur. Et si c’était justement cela, l’inspiration ? Cette incertitude qui nous guette, que l’on soit Américains ou non d’ailleurs… Espérons que la saison prochaine sera plus optimiste pour la marque. En attendant, nous retiendrons ces deux vestes à rayures banquier portées sur un jean taille haute à revers.

De son côté, Area est l’une des marques émergentes de New-York qui a brillamment réussi, en quelques collections seulement, à se créer une véritable identité de marque. Le résultat du travail du duo Beckett Fogg et Piotrek Panszczyk ? Des vêtements à la personnalité unique, célébrant le mouvement et les recherches sur les matières : chaque saison, le lamé et le satin de soie d’une extrême fluidité sont sculptés dans des volumes surdimensionnés, plissés ou embossés. L’hiver 2017 ne déroge pas à la règle : ce premier défilé s’ouvre sur des silhouettes de couleur brique, où les pantalons sont fluides et les dessous portés dessus. Le denim, s’il représente une catégorie plus commerciale évidemment stratégique pour la marque, atténue cependant le côté spectaculaire si caractéristique des précédentes collections. Dans la lumière, les tissus sont embossés, comme ce satin façon cuir d’autruche, ou plissés sur le côté, comme sur ce pantalon asymétrique qui structure la silhouette.

@laurenjdg #backstage at @areanyc for @voguemagazine #nyfw

Une publication partagée par COREY TENOLD (@coreytenold) le

Enfin, chez VFiles, véritable poste de surveillance des créateurs émergents, trois designers ont présenté leurs propositions pour l’hiver 2017. Chez les femmes, elles sont deux à avoir dévoilé leurs collections. La première d’entre elles, Snow Xue Gao, revisite les costumes d’homme imprimés en insérant des détails de soie colorés qui au fur-et-à-mesure des passages prennent le dessus sur les vestes, les transformant en kimonos hybrides parfaitement dans l’air du temps.

T-10 DAYS @vfiles

Une publication partagée par SNOW XUE GAO (@snowxuegao) le

Cathari, elle, reconstruit des jumpsuits et des mini robes à partir de joggings à trois bandes siglés Adidas portés sous d’étranges blousons ou manteaux à volants. Le résultat est sporty, coloré et surtout très efficace.

This girl @ixaiyshaxi wearing the green deconstructed tracksuit 💚✅

A post shared by Daniëlle Cathari (@daniellecathari) on

 

Photo de couverture : Défilé Ryan Roche, Courtesy of Elizabeth Pantaleo for NOWFASHION

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s